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Quand "Villeneuve lès Maguelone"

s'appelait ...

... "Villeneuve-Angoulême"

 

Napoléon s’échappe de l’île d’Elbe et débarque en Provence. Aussitôt le roi Louis XVIII donne des ordres pour aller à sa rencontre et stopper son avancée. Son altesse royale, le Duc d’Angoulême arrive à Montpellier le 12 mars 1815. Il fait aussitôt appel aux habitants du département de l’Hérault pour constituer une armée de volontaires qui ira s’opposer à l’arrivée de « l’usurpateur ».

« Braves habitants du midi, le bonheur que vous avait rendu votre roi légitime est menacé. Celui, qui pendant 15 ans dépeupla vos campagnes, anéantit vos commerces, épuisa vos fortunes, fut le bourreau de vos enfants, veut encore vous en­fermer dans son joug de fer.....

Ne vous bornez pas à des vœux stériles, venez vous ranger sous notre antique bannière ; elle est le gage de l’honneur et de la loyauté.... Des mesures seront prises pour organiser et diriger vos nobles efforts : Le succès les couronnera. »

De nombreuses compagnies furent formées. Villeneuve participa, comme les autres communes voisines, aux dépenses de cette levée.   

Montpellier, ville à majorité royaliste va connaître des événements tragiques. Les autorités militaires vont d’abord exécuter les ordres de Napoléon plutôt que ceux du Duc d’Angoulême. Par contre la municipalité et ses édiles étaient favorables aux légitimistes. 

Monsieur de Montcalm regroupa les troupes royalistes autour de Villeneuve, du côté des étangs, à une lieue de Montpellier. L’armée royale grossit à chaque instant. Une véritable guerre civile s’engagea dans Montpellier. La troupe cantonnée à l’intérieur de la citadelle fit donner du canon sur la ville. On déplora quelques morts.

Le 8 juillet 1815, Louis XVIII rentre dans Paris. On connaît la suite des événements. L’épisode montpelliérain se termine et les Bourbons s’installent à nouveau sur le trône de France.

Le Duc d’Angoulême très actif dans cette restauration ne sera pas ingrat envers ceux qui ont soutenu son action, notamment envers les habitants de Villeneuve, qui se sont montrés très coopératifs dans les événements que nous venons de développer. Le maire Crespin ainsi que son premier adjoint sont maintenus à leur poste.

Voulant prouver sa reconnaissance, il soumet à l’autorité royale, la possibilité donnée aux Villeneuvois de changer le nom de leur village.

Lisons le décret royal signé au château des Tuileries le 18 avril 1816 :

"Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.

Voulant témoigner à la commune de Villeneuve lès Maguelone, département de l’Hérault, notre satisfaction de la fidélité de ses habitants, et de l’attachement à notre personne qu’ils ont manifestés loyalement pendant l’usurpation ;

D’après la demande de notre bien aimé neveu le Duc d’Angoulême ;

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’état de l’intérieur, et de l’avis de notre Conseil,

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Art.1 : Le nom de Villeneuve-Angoulême sera substitué à celui de Villeneuve lès Maguelone.

Art.2 : Nos ministres secrétaires d’état de l’intérieur et des finances, seront chargés de l’exécution de la présente ordonnance, qui sera insérée au bulletin des lois.

Donné en notre château des Tuileries, le 18 avril de l’an de grâce 1816, et de notre règne le vingt-unième.

Signé : LOUIS.

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On voit avec quelle allégresse  le roi Louis XVIII gomme les événements qui ont suivi la révolution puisque l’ordonnance, datée de "la vingt et unième année du règne de Louis XVIII", ignore totalement  la période post-révolutionnaire, le Directoire et les 15 ans de l’empire napoléonien.

Villeneuve trouve encore une occasion de prouver son attachement à l’ancien régime par une délibération du 27 avril 1820. A l’occasion du baptême de son Altesse Royale le Duc de Bordeaux, le conseil vote une somme de 200 francs pour les dépenses de cette grande réjouissance, voulant donner de nouvelles preuves de l’attachement qu’ont toujours les habitants de cette commune pour la dynastie des Bourbons. Le conseil désire célébrer cette fête, en y donnant tout l’éclat qu’elle mérite.

Villeneuve ne retrouvera son nom qu’après le règne de Charles X, c’est à dire en 1830. Pendant 15 ans, au retour des rois bourboniens, notre village porta la marque de son attachement aux idées de l’ancien régime.

A Montpellier, l’avenue Villeneuve-Angoulême, atteste encore aujourd’hui de cette éphémère appellation. C’est l’avenue qui emprunte l'ancien chemin de Villeneuve qui passait par Maurin.  

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Quel visage présentait le village à cette époque ? Pour cela suivons Hamelin, qui foula les rues de notre localité en 1827 :

« Nous voici à Villeneuve, bourg d’un aspect agréable. De vieilles fortifications détruites, et d’anciennes constructions, rendent ce lieu fort pittoresque. La population est d’environ 1100 habitants..."  (Doc.2)

Nos promenades aux environs seront agréables. »

A la même époque, Renaud de Vilback donna une description tout à fait différente de Villeneuve :

« On m’a assuré que les habitants s’y mariaient de trop bonne heure : les enfants ont l’air malingre. Une partie des maisons annonce une ancienne opulence. Cette commune, pauvre aujourd’hui, cultive des champs médiocres, des vignes qui donnent un vin blanc passable et du vin rouge commun, et fournit un grand nombre de pêcheurs ; elle a des restes de murailles. »  

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 Villeneuve retrouve son nom.

Une ordonnance de Louis-Philippe, datée du 7 janvier 1831 stipule :

« Nous avons ordonné et ordonnons que la commune de Villeneuve-Angoulême,  département de l’Hérault reprendra son ancien nom de Villeneuve lès Maguelone. »

La transcription sera exécutée sur le registre des délibérations le 25 mai 1831.

Une remarque aussi amusante qu’énigmatique : les lettres servant à écrire le nom de MAGUELONE, sont les mêmes que l’on utilise pour écrire ANGOULEME. C’est en effet une anagramme parfaite.

 

Sources :  

Amelin J.M: Guide du voyageur dans le département de l'Hérault. Paris chez Gabon et Comp. libraires 1827

Archives municipales de Villeneuve lès Maguelone.

Thomas J.P : Précis historique des événements arrivés à Montpellier pendant les cent jours de l’interrègne. Édition de l’entente bibliophile. Montpellier 1976.

Vilback (Renaud de) : Voyages dans les départements formés de l'ancienne province de Languedoc. Paris Delaunay librairie 1825