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Le Pont de Villeneuve .

Le pont de Villeneuve en 1822. Dessin de J.M.Amelin. Biblio.Munic.Montpellier)

Les crues survenues à la fin de l’année 1766, ont causé d’importants dégâts dans la région. Plusieurs ponts ont été emportés, comme celui de Cournonterral et celui de Villeneuve. 

Les États du Languedoc obtiennent du Roi une subvention de 1.200.000 livres à répartir entre les communautés et les particuliers qui avaient souffert de ces inondations. La Province garda pour elle 800.000 livres ; les diocèses et les particuliers reçurent 400.000 livres. 

 

Sur cette somme, 32.000 livres furent alloués au diocèse de Montpellier pour la  reconstruction du Pont de Villeneuve. Le montant des travaux évalués à 48.000 livres s’avérèrent plus importants. L’adjudication du pont fut passée en 1768, sur le devis de l’architecte Gira1, directeur des travaux publics du Diocèse, au profit du sieur Chrétien pour une somme de 57.500 livres. Avec les avenues d’accès, les dépenses avoisinaient les 80.000 livres. On avait allègrement dépassé les premières estimations.

En 1770, de graves difficultés opposèrent le Diocèse à l’entrepreneur. Celui-ci, après avoir construit une bonne partie des ouvrages, les abandonna totalement, prétendant une impossibilité d’exécuter les fondations telles que le devis le prévoyait. Après une nouvelle adjudication, à la folle enchère, le sieur Chrétien fut remplacé par le sieur Nogaret. A la suite de ces déboires, et après avoir fait appel au Conseil du roi, Chrétien obtint un substantiel dédommagement. De nouveaux emprunts furent nécessaires pour la poursuite des travaux. Le montant définitif des travaux s’éleva à un peu plus de 220.000 livres, soit trois fois plus que les premières estimations. La construction, très originale comme œuvre d’art paraît avoir été terminée en 1778. Elle donna lieu à de grandes difficultés dans le paiement des dépenses. On peut se demander pourquoi, la dépense du pont fut entièrement à la charge du Diocèse et pourquoi la Province n’intervint pas dans son financement, comme cela fut le cas pour le pont de Montferrier. Les réclamations et les procès ne prirent fin qu’en 1789, et imposèrent au Diocèse d’énormes accroissements de dépense.

Situation  

Le pont de Villeneuve, établi sur la route de Cette, franchit la Mosson à 3 kilomètres de Villeneuve et à 6 kilomètres de Montpellier. Ce pont comprend deux arches de 31.80 mètres d’ouverture, dont une seule, celle de la rive gauche est occupée par le lit de la rivière. Les deux arches sont séparées l’une de l’autre par une pile qui mesure 9.20 m d’épaisseur. La pile très robuste, massive, comprend un socle et deux becs. Les voûtes sont profilées selon une anse panier à trois centres. Nous ne connaissons pas d’autres exemples d’arches en arcs d’anse que celui du pont de Villeneuve. Giral a franchement élargi l’appui de façon à résister à la poussée de puissantes crues. De vastes tables saillantes avaient été préparées pour recevoir des sculptures, mais sont restées en l’état. Elles devaient recevoir un écusson portant les armes du Languedoc ou de Montpellier, accompagné de guirlandes de feuillages et de touffes de roseaux comme au Peyrou. On est surpris de voir des constructions très soignées, voire traitées avec luxe, telles que les piles et les arches du pont de Villeneuve, associées à des ouvrages aussi frustes que les culées et les parapets, dont les parois sont en maçonnerie de blocage. Il y a là, un contraste violent. Giral, qui nous a habitué à plus d’esthétisme, notamment dans ses arcades basses du Peyrou. Ici, il a sûrement adopté cette solution dans un contexte économique très sévère. C’est peut-être pour « sauver » les parties les plus intéressantes que Giral, à court d’argent, contraint à faire des sacrifices, construisit avec la plus stricte économie les culées et les parapets. La pierre de taille utilisée est un calcaire jaune, très coquillier, provenant des carrières de St Jean de Védas, non loin de là.

 

1Giral : architecte montpelliérain à qui on doit entre autre la construction du Peyrou de Montpellier, ainsi que de belles demeures telles que l’hôtel de Rodez-Benavent, l’hôtel de Cambacérès-Murles, l’hôtel St Côme... à Montpellier.

 

Sources:   F.de Dartein: Ponts français du XVIIIème siècle. Paris. 1908