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Maguelone ou Maguelonne ?

Un vrai casse-tête !!

Bien des Villeneuvois s'interrogent sur l'orthographe correcte du nom de leur village. Il est vrai que la lecture des panneaux de signalisation routière ne peut guère les aider dans la résolution de ce «dilemme ». On peut trouver indifféremment Maguelonne, Maguelone et même Maguelonnes ! Certains prétendent justifier la dernière orthographe comme la conséquence d'un accord motivé par la présence de l'article pluriel les. Or, les est en réalité une dérivation de lès, qui vient du latin latus (côté) .  

Lès signifie donc près de... C'est la forme occitane du lez français. Ex : Plessis lez Tours

Il est vrai que la signalisation de la D.D.E ne nous facilite pas la tâche !!

 

En-tête d'un courrier adressé par la mairie de Villeneuve à Mr le Préfet de l'Hérault en date du 18 septembre 1881 et qui mentionne l'orthographe "Villeneuve lez Maguelone". C'est à cette époque que la municipalité avait aussi choisi comme armoiries le croissant et les 2 étoiles accompagnés des attributs de l'évêque. (Voir la rubrique (Eglise / Les pierres mystérieuses.)

(Document Archives départementales de l'Hérault)

Pour agrandir le document, cliquez dessus. 

 

Un texte de 1330 signale Villanova prope Magalona, dont la traduction étymologique est Villeneuve près de Maguelone.

On retrouve la même situation dans Villeneuve lès Béziers ou Villeneuve lès Avignon. On peut dores et déjà éliminer définitivement cette première interprétation due à une confusion orthographique.

Quant à savoir si Maguelone prend n ou nn, il faudra une recherche linguistique plus approfondie pour élucider le problème.

Il existe 2 raisons pour étayer la thèse de l'orthographe avec un seul N.

 

A - Raisons linguistiques :

Les langues romanes et néoromanes ont une tendance à conserver des règles linguistiques très simples, contrairement aux linguistiques nordiques plus compliquées par des apports germaniques, anglo-saxons, gaéliques, scandinaves, etc...

Du latin à l'occitan, en passant par le roman primitif, la ligne est directe. La pureté linguistique (et par conséquent orthographique) reste l'apanage des langues méridionales modernes. (italien, espagnol, roumain, grec moderne, occitan...) La désinence latine -ona, reste à peu près immuable dans les langues modernes ci-dessus. Le phénomène est très sensible dans les noms propres. Il y a là une loi phonétique propre à toutes ces langues, qui s'oppose à la nasalisation de l'o. Toutes les langues romanes conserveront le même accent tonique.

Au contraire, le français nasalise le o, dans bon. Le groupe on ne forme plus voyelle + consonne, mais voyelle unique nasalisée. D'où la nécessité de répéter le n disparu. Bon ---> bonne.

Cette prononciation défigurée est devenue la règle en français, même quand l'origine n'est pas latine, même quand le mot ne vient pas d'un masculin latin. D'ou une linguistique hésitante, avec une dominante orthographique en nn. (patronne, friponne, mais on trouve aussi matrone, démone.)

D'autres part, certains mots latin ont donné cette même désinence en ona (occitan) onne (ou one) en  français.

Narbo, Narbonis, a donné Narbona en occitan mais Narbonne en français. Or, Barcelone et Vérone conservent le n simple en français. Mais alors, pourquoi Garonne, Carcassonne ? Et pourquoi Pétrone ?

Dans tous ces noms, l'occitan suit la règle latine. Les mots issus du grec restent plus réguliers en français (apport savant) : Babylone, aphone, amazone, antigone, polygone...

Cette hésitation du français entre le n simple et le n double a déteint sur l'orthographe occitane francisée. (En 1539, l'Édit de Villers-Cotterêts sous François 1er, interdit l'usage officiel de l’occitan et applique aux noms propres de chez nous l'anarchie orthographique du français.) Ceci explique les fluctuations des noms de lieux occitans qui ont été francisés.

La situation est irrémédiable pour Carcassonne et Narbonne, qu'on écrit cependant en occitan, Narbona et Carcasona.. Ces villes étant célèbres depuis l'antiquité, l’orthographe française les a rapidement digérées. Maguelone, délaissée, tombée en ruines est plus coriace. Le Larousse du 20ème siècle  a beau présenter les 2 orthographes, aucun linguiste, ni aucun philologue ne peut s’y tromper. C'est la Magalona romaine, puis romane, puis occitane, puis française.    

 

 

B Raisons historiques :

L'archéologue Émile Bonnet a toujours écrit Maguelone et Villeneuve lès Maguelone. Il n'est pas le seul. En effet, Alexandre Germain à qui l’on doit de nombreuses études sur Maguelone, utilise toujours la même orthographe. Frédéric Fabrège, restaurateur de la cathédrale, à qui l'on doit une monumentale « Histoire de Maguelone », tenait également à l' «orthodoxie» de Maguelone. Tout le 19ème siècle en a fait autant, par une tradition lointaine.

Malheureusement, depuis le XXème siècle, l'usage et l'habitude, avaient fini par adopter l'orthographe avec 2n. Habitude qui se traduisait régulièrement dans les courriers officiels et qui frustrait certains puristes villeneuvois.  

 [Ces renseignements ont été communiqués aux enseignants de l'école de Villeneuve lès Maguelone par Monsieur l'Inspecteur d'Académie en 1954. ]

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Il fallait donc en terminer avec cette polémique d'ordre linguistique et donner un caractère officiel à l'application et à l'utilisation correcte de l'orthographe du nom de notre village.

Ainsi, le 26 juin 1990, le conseil municipal de Villeneuve adresse un courrier à Mr. le Préfet, demandant la modification du nom de Maguelonne en Maguelone.

La commission de révision des noms des communes donne un avis favorable.

Un décret du 5 août 1992, publié au journal officiel  du 13 Août, autorise donc officiellement le nom de

"VILLENEUVE LÈS MAGUELONE".