Les deux monuments aux morts

Le monument aux morts sur la place des héros(CP.Coll.A.Guerrero)

Lors de la séance du 4 avril 1919 , le maire BOULADOU s’adresse à ses conseillers: “Les temps malheureux que nous avons traversés ont causé de grands deuils dans les communes et dans les familles. Notre commune a été rudement éprouvée et beaucoup de ses enfants sont tombés au champ d’honneur. Leur sang a arrosé cette belle terre de France qu’ils ont défendue un courage, un dévouement sans mesure. Honneur et gloire doivent être rendus à ces vaillants défenseurs, à ces héros inconnus, leurs noms doivent être conservés et gravés éternellement dans la mémoire de la population villeneuvoise.   

Je vous propose donc d’élever en l’honneur de ces enfants de Villeneuve, un monument commémoratif qui devra être une preuve absolue et éternelle de notre admiration et de notre reconnaissance." Après avoir écouté le maire, le conseil considère que le nom de tous les héros de la grande guerre doit être conservé dans la mémoire de tous les habitants, que beaucoup d’enfants de Villeneuve sont morts pour la France et qu’ils ont droit que leur nom soit inoubliable pour toute la postérité.  

Il décide qu’un monument portant le nom de tous les enfants de la commune “Morts pour la France” dans la grande guerre européenne soit élevé. En vue d’associer plus intimement la population à l’hommage qu’il est désireux de rendre aux chers morts, il organise une souscription publique. La commune complètera la somme en fonction du devis qui sera établi ultérieurement.

Un comité est désigné pour recueillir les dons. Il est composé de: Mmes Sabria-Trimon et Bergagnon-Imbert, Mlles Noëmi Masseran et Laure Belmont, Mrs Berthès Pierre, négociant en fourrages, Roque Philippe, propriétaire, Thiers Émile, conseiller municipal, Jullian Maurice et Bringues Alphonse.

Ce n’est qu’en mai 1921 que le conseil prend connaissance des plans et devis proposés par l’architecte montpelliérain Carbonnier. La dépense élèvera à 42.500 francs. La commune n’a à sa disposition que 12.101 francs provenant de la souscription publique, ainsi que d’une somme de 1.294,10 francs résultant du boni du ravitaillement en sucre pendant la guerre. Il faut donc assurer le complément des ressources par un emprunt et une imposition extraordinaire.

Le conseil approuve donc dans toutes leurs dispositions les plans, dessins et devis présentés par l’architecte.

Le monument sera érigé sur une parcelle de terrain cédée par Mr.Scipion Bergagnon. Cette parcelle d’une contenance de 156 m2 fait partie d’un terrain en vigne situé sur le tènement de la Font-Majour.

Le monument en place, le conseil décide de le pourvoir d’un entourage en pierre de Pompignan et d’une grille en fer forgé. C’est Mr. Merignargues, entrepreneur qui se chargera de cette réalisation car c’est lui qui a déjà érigé le monument. Ce détail qui n’avait pas été prévu dans le projet initial augmente la dépense de 4.750 francs

Mr.Carbonier demande en outre 900 francs pour ses gages, car il a du faire de fréquents déplacements à Nîmes afin de choisir la pierre, rectifier les profils et surtout activer les travaux. Mr.Mérignargues étant absent de son chantier, c’est lui qui a dirigé toute la mise en oeuvre du monument.

 Ce fut le dernier acte de magistrat du maire Bouladou, car il devait décéder le 4 Mai de la même année à l’âge de 52 ans.

Le monument sera inauguré en novembre 1923. Cette manifestation va raviver la querelle Catholiques-républicains (qui divise la population en deux camps, ou plutôt en deux clans). Cette animosité sera exacerbée par la loi de la séparation de l’Église et de L’État en 1905. Nombreux sont les faits qui témoignent des excès et des provocations incessantes que pouvaient se prodiguer les deux “camps”. Bouladou avait fait abattre la croix qui s’élevait à l’entrée du village, sur l’emplacement de l’ancienne bascule, (actuellement Place des héros), à la grande consternation des catholiques qui ne le lui pardonneront jamais.

 Le monument aux morts sera inauguré en 1924, sous les auspices d’une querelle provoquée par l’attitude du nouveau maire Catineau, aussi anticlérical que son prédécesseur.

Voyons comment la situation est vécue par les catholiques à travers la lecture du registre de Fabrique de la paroisse, en date du 25 décembre 1929:

En 1923, lors de l’inauguration du monument public aux soldats morts pour la France pendant la grande guerre de 1914-1918, la municipalité d’alors, faisant fi des donateurs catholiques qui avaient aidé à son érection, refusait la présence du prêtre et ne l’acceptait qu’à la condition d’y figurer dépouillé de son costume ecclésiastique. C’était l’écarter et faire insulte à la religion. Presque tous les catholiques s’abstinrent d’y assister. Mr. L’abbé Martin, le zélé curé de la paroisse prit alors l’initiative de relever ce défi, et demanda aux catholiques de l’aider à élever un monuments  aux soldats chrétiens, à qui on avait refusé la bénédiction du prêtre. En peu de temps, une souscription couvrit les frais d’érection d’un monument en pierre surmonté d’une croix monumentale, et qui fut élevé dans le terrain donné par la famille Pascal Vassas.”

Le monument des catholiques fut inauguré le 4 mai 1924.

Continuons à parcourir le registre de Fabrique de l’église paroissiale St Etienne:

Ce monument semblait devoir défier la rage des années. Mais un oubli involontaire et imprévu lui fut dommageable. La croix, creuse, et qui descendait profondément dans la pierre, y laissait une poche, qui dans les années se remplit d’eau. Et en l’an 1929, au mois de février, pendant l’hiver très rigoureux, le froid congela l’eau à l’intérieur de la pierre, et elle se fendit en plusieurs endroits sous la poussée de la glace, menaçant de laisser tomber la croix.

La restauration s’imposait. Le successeur de l’abbé Martin, l’abbé Villeneuve, fit une nouvelle souscription publique pour refaire le monument, et lui donner un nouvel éclat. On l’aurait refait en pierre, mais le carrier de Mireval qui avait promis de faire l'œuvre en son temps, fit traîner sa promesse au point qu'en octobre de la même année, il n'était pas encore en mesure de commencer son travail. 

Et, comme la restauration de la croix devait servir de couronnement à la Mission qui devait être donnée sur la paroisse, en décembre de la même année, il fallait se hâter. Sur les conseils de Mr.Boudes, architecte à Montpellier, on confia le travail à Mr.Fages, et on se résolut de faire le monument en béton. Les travaux commencés le 18 novembre devaient être terminés 15 jours après, et c’est ainsi que le monument actuel a remplacé celui de l’abbé Martin."  La liste des généreux donateurs a été placé à l’intérieur. Ainsi, la croix des soldats devenait la croix de la Mission.  

L'inauguration du monument aux morts catholique  le 4 mai 1924 (Photo.Coll.R.Vassas)

 

Villeneuve a la particularité de posséder deux monuments aux morts

de la guerre de 1914-1918.