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La grotte de la Madeleine S’il est un des lieux auréolé de mystère qui a toujours hanté l’esprit des villeneuvois, c’est bien la grotte de la Madeleine. Tout le monde en a entendu parler, mais bien peu en connaissent la localisation exacte, et rares sont ceux qui ont eu le privilège d’y pénétrer. Blottie au milieu du petit bois de Biquet, dans un écrin de chênes verts, non loin du domaine de la Magdelaine, la grotte garde jalousement ses secrets et n’a peut-être pas encore fini de livrer ses trésors archéologiques. Elle a bénéficié de plusieurs campagnes de fouilles.
De
tous temps, cet endroit a été une étape incontournable pour les grands "pérégrinations"
à la recherche de lieux mythiques et inconnus. Nous en retrouvons la
description dans plusieurs ouvrages du 19ème siècle.
Jean-Marie
Amelin1,
en compagnie d’un ami, sillonne le département de l’Hérault. Arrivé dans
le territoire de notre commune, il demande aux villageois les curiosités
qu’il y a à visiter dans les environs. On le dirige naturellement vers la
grotte de la Madeleine.
« Près
des salines de Villeneuve, la grotte de la Madeleine ; elle vaut la peine
d’être visitée, et ses environs tout pittoresques nous invitent à nous y
arrêter. Cherchons l’entrée de la grotte ; elle est cachée par de
belles plantes, et le lieu est lui-même entouré de rochers et de plantes.
L’entrée est un peu large et bien décorée de vigne et de lierre. Nous
pourrons passer une journée charmante si nous sommes munis de comestibles ;
un déjeuner dans ces milieux frais et agrestes, est tout à fait agréable :
nous avons du d’ailleurs marcher pour arriver jusqu’ici, nous sommes à
demi-heure de distance de Villeneuve, toujours dans sa commune. Nous entrons
dans la grotte ; elle est spacieuse et profonde, le sol va en descendant.
Elle paraît obscure ; mais on ne tarde pas à y voir clair. Jusqu’à
quinze pas environ de l’entrée, le terrain est presque horizontal, il se précipite
ensuite : on voit alors cette limite tracée par des pierres. La voûte de
la grotte se surbaisse vers le fond ; on ne voit au-dessous qu’un trou
vaste et d’un noir absolu. Du même endroit où nous sommes, nous apercevons
aux parois de la voûte, vers la droite, une sorte de congélation dont la forme
ressemble un peu à une figure de femme, placée dans une espèce de niche ;
les amateurs d’étymologie prétendent que cette figure est une Magdelaine qui
a donné le nom à la grotte... . Arrivé au plus bas, après avoir parcouru
environ cent mètres, on se trouve au bord d’un lac qui se perd sous une voûte
dont on ne peut connaître le fond. Les habitants du lieu prétendent qu’on
tenta de découvrir où conduisait cette voûte souterraine, que plusieurs
individus s’embarquèrent, firent beaucoup de chemin et revinrent sans rien
savoir, leurs chandelles ne pouvant plus brûler... si l’on est musicien, on
peut y faire d’agréable musique, les instruments résonnant parfaitement sous
cette vaste voûte, qui peut avoir quinze à vingt mètres dans sa plus
grande élévation. C’est un lieu fait
pour les troubadours, et l’on sait que nous sommes dans le pays ! »
En
1827, Renaud de Vilback2,
lui aussi grand voyageur parcourt la région ; après avoir passé la ferme
de la Magdelaine, il raconte :
« Plus
loin, à moitié hauteur d’une masse de roche calcaire, est l’ouverture
assez étroite d’une grotte dont la descente intérieure est rapide ; on
se trouve dans une vaste salle sans stalactites, au bord d’un lac souterrain
dont on ne connaît pas l’étendue. L’œil se perd sous des voûtes
sinueuses. Un de nos guides prétendait que le maire de sa commune les avait
parcourues en bateau ; l’autre soutenait qu’on ne pouvait y faire
quelques pas, à cause du mauvais air qui éteignait les flambeaux : ce
serait de l’acide carbonique. Le lac, l’eau perdue (Aïga périda3)
et la source acidule4
doivent sûrement avoir des communications. »
En
1874, Achille Munier3 est
sûrement le premier qui a mesuré l’intérêt archéologique de ce site. Il décrit
sa première visite à l’intérieur de la grotte dans les Mémoires de L’Académie
des Sciences et Lettres de Montpellier:
« Dès
mes premières fouilles à la Magdeleine, je rencontrai au milieu d’une véritable
montagne de cendres et de débris de charbon, des poteries nombreuses, noires,
à pâte grossière, avec grains de mica très abondants, cordons avec
empreintes de doigts ; parmi ces poteries, des os nombreux et divers, tous
brisés d’une manière uniforme, comme pour en extraire la moelle ; la
plupart brûlés, et certains portant la trace d’entailles à leur base, vers
le point d’attache des tendons.
J’ai
reconnu le bœuf, le cheval, le cochon, le lapin, le cerf, le chevreuil, la
tortue et la dorade. Toujours au milieu des cendres et des poteries brisées mélangées
aux ossements, j’ai trouvé des silex taillés, des pesons en terre cuite, des
os nombreux soigneusement effilés et taillés en pointe ; deux petites
haches en jade d’un beau travail, de nombreuses canines percées, des valves
de coquillages divers également percés, et enfin une défense de sanglier usée
par le frottement dans le sens interne et concave.
Dans
la même fouille, ma pioche a mis à découvert un beau bracelet de bronze avec
des dessins, une longue épingle intacte, deux anneaux passés encore l’un
dans l’autre, un cylindre de six à sept centimètres, figurant la douille
d’un instrument ou d’une arme brisée et disparue ; puis une tige
de
13 centimètres de longueur,
pleine et brisée, dont il est difficile de préciser
l’emploi. Tous ces objets sont en bronze et bien conservés. Avec ces
ornements de bronze, j’ai recueilli une clavicule, deux dents brûlées, trois
vertèbres dorsales et un fragment de frontal humain, plus un crâne d’enfant
assez bien conservé. Je termine en constatant à l’extérieur et en avant de
l’entrée de la grotte, un talus en arc de cercle appuyant ses ailes à
l’abrupte du calcaire oxfordien, et figurant assez exactement une défense en
demi-lune. Au bas de ce talus, sous la muraille même de l’enceinte du bois,
ainsi que sur le plateau qui domine la grotte, j’ai trouvé par centaines des
fragments de silex travaillés, couteaux, racloirs, disques, flèches
...Ces
diverses trouvailles que je viens d’énumérer me semblent autoriser cette
conclusion : que la présence de l’homme préhistorique dans les
montagnes de la Gardéole, ignorée avant ma présente communication, est désormais
établie. »
Munier
ne précise pas dans son compte-rendu la datation des différentes périodes
d’occupation de la grotte et sa communication se limite à une simple énumération
de mobiliers retrouvés. Cependant, il n’en est pas moins vrai qu’il est sûrement
le premier archéologue qui a prospecté la grotte et qui a conclu à une
antique présence humaine.
Dans
la Géographie générale du Département de l’Hérault, publiée par la Société
Languedocienne de Géographie, Cazalis de Fontdouce présente la grotte et ne
doute pas de grand intérêt archéologique :
« Une
des grottes à habitation de l’époque néolithique les plus intéressantes
est sans contredit celle de la Madeleine, dans la commune de Villeneuve lès
Maguelone. La rivière qui s’étend au fond de cette grotte, le gaz carbonique
qui s’y dégage à certaines époques de l’année, ce qui lui donne un air
de parenté avec la célèbre grotte du Chien, près de Naples, avaient de tout
temps attiré l’attention des savants et des touristes. L’exploration de
cette grotte offre un intérêt tout particulier, en ce
qu’elle a été habitée par une
population qui demandait à la pêche une des principales ressources de son
existence. »
Ces
premières prospections n’étaient que le début d’une longue campagne de
fouilles qu’allait entreprendre Arnal, l’incontournable préhistorien de
notre région, aidé par le club archéologique des Chênes Verts. Si Munier
avait supposé la présence d’un habitat préhistorique à l’intérieur de
la grotte, c’est bien Arnal qui en a déterminé toutes les différentes périodes
d’occupation.
Il
résume ses travaux dans un courrier qu’il adresse à Delpuech :
« Vers 2700 avant JC, la grotte est occupée immédiatement
après de gros éboulements. Ce sont des Chasséens anciens, cultivateurs, pêcheurs,
grands mangeurs de dorades et de coquillages. Ils ont aussi quelques moutons et
bœufs, chassaient le lièvre, le cerf, le sanglier et goûtaient beaucoup les
tortues. Ils cultivaient le blé et probablement l’orge et quelques légumes
comme les fèves.
Pendant
cette occupation, les « Pasteurs des plateaux » se multipliaient
dans les garrigues et peu à peu, éliminaient ces Méditerranéens déjà
enracinés dans le pays. Ces tribus sédentaires élevaient des troupeaux et
pratiquaient quelques cultures dont le blé et les fèves.
Vers
2500 avant J.C, une guerre amena les Pasteurs des plateaux dans la grotte de la
Madeleine, habitée par les Chasséens. Les Pasteurs, vainqueurs détruisent
tout, mais ils se retirent car ils ne vivent jamais dans les grottes. Peu après,
les Chasséens réoccupent la grotte jusqu’en 2000 avant J.C, période qui
marque la fin d’une occupation continue."
Après
cette longue période d’occupation permanente, la grotte fut encore « utilisée »
par les successeurs. On a retrouvé divers objets de métal, témoignages du
passage continu à travers toutes les époques de l’âge des métaux.
(poignards en fer, perles de plomb, anneaux et bracelets de cuivre, poignards de
bronze.) Ensuite, ce furent les envahisseurs des champs d’urnes venus
d’Allemagne.
La
présence abondante de restes de poissons et de coquillages attestent qu’à
l’époque de l’occupation permanente, le rivage de la mer arrivait non loin
des abords de la grotte.
A
partir du 6ème siècle, et jusqu’au 3ème siècle avant
J.C, la grotte sera utilisée par les phocéens et les Phéniciens comme entrepôt de marchandises.
Entre
l’époque romaine et le moyen âge, pendant la transgression flandrienne, un léger
retrait a permis la formation du cordon littoral derrière lesquels se sont établis
les étangs de Maguelone, mettant la grotte à une distance respectable du
rivage.
A
l’époque romaine, la grotte est définitivement abandonnée, en raison des
bouleversements géographiques dus à la formation des étangs.
Entre
1956 et 1958, le Musée d’anthropologie de Monaco, devinant l’intérêt
majeur de la grotte entreprend une campagne de fouilles systématiques du site.
Des milliers d’objets seront ainsi découverts corroborant la thèse des
travaux d’Arnal. Plusieurs foyers seront découverts et minutieusement explorés.
La
plupart des ces objets sont aujourd’hui exposés au musée
de Monaco. On peut cependant admirer quelques pièces intéressantes
provenant de la grotte, au musée archéologique Henri Prades, à Lattes.
La
grotte doit certainement son nom à la proximité du domaine de la Magdelaine,
dont l’orthographe actuelle est relativement récente. Une autre version voudrait que Marie-Madeleine, aurait d’abord débarqué à Maguelone, en compagnie de Simon le Lépreux et des Saintes Maries. Marie-Madeleine se serait retirée près de Villeneuve, dans une grotte qui aujourd’hui porte son nom. Elle sera ensuite enterrée aux Saintes Maries de la Mer. On peut y voir ici la volonté de la religion de reprendre à son compte l’appellation d’un lieu auréolé de mystère.
La même Marie-Madeleine est
aussi revendiquée par les Provençaux qui affirment que la pécheresse de l’évangile
aurait vécu dans la grotte de la Sainte Baume et serait morte à Aix en
Provence. La similitude des deux versions ne s’arrête pas là, puisque
certains documents parlent de « La Baume » pour désigner la grotte
de la Madeleine.
Fabrège
ajoute dans son « Histoire de Maguelone » que la
grotte de la Madeleine est
ainsi désignée en souvenir de l’amie du sauveur qui l’aurait choisie pour
retraite et en honneur de qui on érigea une église dont les ruines ont subsisté
jusqu’à nos jours. **** 1 J.M Amelin : Professeur de dessin à l’école royale du Génie. Il a parcouru Montpellier et sa campagne pendant la Restauration. Il a produit des centaines de dessins, aquarelles, lavis, encre de chine. Toute son oeuvre est réunie en une dizaine de volumes et conservée à la bibliothèque municipale de Montpellier. Pour accompagner tous ces croquis, il a écrit « Le guide du voyageur dans le Département de l’Hérault » 2 Renaud de Vilback : Capitaine au corps Royal d'Etat major, né à Montpellier en 1788. Il est l'auteur de "Voyage dans les départements formée de l'ancienne provinde de Languedoc. (Paris Delaunay 1825 ) in-8° 3 Aïga périda, : c’est la mare située au nord-ouest de la Magdeleine, plus communément appelée Eau périe. 4 Vilback fait sûrement allusion à la source de la Fontforte qui fournit une eau pétillante. Cette source connue des anciens villeneuvois coule encore aujourd'hui par intermittence. 5 Munier Achille : : géologue. on lui doit entre autre une histoire de Frontignan, "Notes sur Frontignan pour servir à à son histoire", Montpellier (Gras) 1868 in-8°.
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