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Bataille navale au large de Maguelone

 

Les côtes méditerranéennes ont souvent connu à travers l’histoire des incursions ennemies. La configuration des lieux permettait facilement à des embarcations légères d’accoster. Rares sont les endroits élevés qui permettaient une surveillance efficace. Ainsi, au moyen-âge, ce furent surtout les corsaires aragonais ou gênois, puis les pirates sarrasins qui semèrent le trouble sur la côte languedocienne. La sécurité était totalement absente dans la région. La position de Maguelone, proche de Montpellier représentait une base stratégique intéressante pour navires ennemis. De plus, la profondeur des étangs permettait aux navires de mouiller à une distance raisonnable et de s’implanter dans les environs. Les populations locales vivaient dans la crainte de ces incursions. Les pirates rançonnaient les pêcheurs, confisquaient les bateaux ou emmenaient les hommes d’équipage pour les faire ramer sur leurs galères. Au début, ce sont les évêques de Maguelone qui vont organiser la surveillance des lieux. Ils avaient passé une entente avec les pêcheurs du coin. Ils leur accordaient des avantages en nature et en contre partie, ceux-ci s’engageaient à défendre la côte en cas d’attaque ennemie. On imagine facilement l’efficacité de ces hommes peu aguerris à ce genre d’intervention. Au dix-huitième siècle, après la débâcle de la flotte française, les Anglais s’imposent en Méditerranée et les attaques de bâtiments français sont de plus en plus fréquentes. Les commandants en chef de la Province se préoccupent alors de la défense du rivage. Dès 1711, on prévoit la construction de postes de guet, placés à vingt kilomètres les uns des autres. Un système de signaux permet d’avertir de l’arrivée des navires. Il faudra cependant attendre 1741 afin que soient précisés définitivement l’emplacement de ces postes de surveillance. Une quinzaine de fortins, appelés pompeusement « redoutes » sont édifiés entre des ouvrages plus importants comme le fort de Brescou, les deux forts de Sète ou la batterie du Grau du Roi.

En 1743, la population montpelliéraine décide de financer entièrement la construction des ouvrages défensifs qui la concernent directement. La présence d’un tel système permettrait de faciliter le développement commercial perturbé par les pirates de la mer. Dans notre région, on va construire la redoute de Palavas (Voir Photo) le poste de Maguelone, le poste Philippe et la redoute des Aresquiers. (Voir Photo). Mais la présence de ces ouvrages défensifs n’empêchera pas des incidents et les attaques ennemies, notamment en 1809. Ces incidents que nous allons narrés ont animé notre petite cité.

Le 25 octobre 1809, Lescure le maire de Villeneuve reçoit une lettre adressée par le général de division Fregeville :

"Monsieur le Maire,

Il est de la plus grande urgence que vous mettiez de suite en réquisition tous les bateaux de Villeneuve et des environs et les faire diriger sur le champ au nouveau grau, c’est à dire celui qui est situé entre Maguelone et le poste dit des Aresquiers, celui qui fut brisé l’année dernière par des ennemis. Ces bateaux sont destinés à sauver les équipages des vaisseaux de guerre français échoués. Je me rends de ma personne au dit grau, et je ne doute pas connaissant votre zèle pour le bien public, que vous mettrez tous les moyens, même ceux de la rigueur, car c’est sur leur responsabilité que tous les bateliers ont à exécuter cette mesure. ... Il faudra en nommer six autres qui devront se rendre à Aresquiers même, c’est à dire au plus près de la métairie où est établi le sémaphore.

Je compte trouver six bateaux à Aresquiers et tous ceux dont on pourra disposer au nouveau grau. Les bateaux doivent être conduits par deux rameurs avec quelques rames de plus dont les soldats se serviront pour les aider.

Il est inutile de vous répéter qu’il faut que toutes les dispositions se fassent à l’instant. Comptant trouver tous les bateaux à leur destination à mon arrivée, tant à Aresquiers qu’au grau.

J’ai l’honneur de vous saluer avec considération.

Signé: Le général de Division, Commandant des gardes nationaux."

C’était là un ordre de mobilisation générale dicté en des termes qui ne pouvaient accepter la moindre réticence. Qu’avait-il bien pu arriver pour qu’une telle mobilisation soit demandée à la population villeneuvoise ?

Depuis le matin, les marins de Villeneuve ont observé au large de Maguelone quatre vaisseaux français se dirigeant vers Sète.

« Peu de temps après, on a vu six autre vaisseaux qu’on a jugés Anglais, allant dans la même direction. Vers les deux heures de l’après-midi, les quatre premiers étaient à l’est de l’Isle de Maguelone et paraissaient poursuivre les quatre premiers. Vers les trois heures, il a été tiré quelques coups de canon. Deux des nôtres ont fait route vers Sète et ont paru s’arrêter vers les forts de cette place. Ces deux étaient poursuivis par deux des six ennemis. "

Apprenant la situation, le général Fregeville se rend à Montpellier où le maire met à sa disposition la garde nationale. A son arrivée sur la plage, la situation a évoluée.

En effet, si deux bateaux ont pu échapper à la tenaille anglaise, les deux autres, « Le Robuste » et « Le Lyon », sans doute moins rapides, essayèrent d’échapper à leurs poursuivants en s’approchant du bord. Les voilà en face du poste Philippe. A cet endroit, le tirant d’eau est très faible et à s’approcher trop près du bord, l’inévitable arriva. Les deux bateaux s’échouèrent lamentablement à quelques encablures de la terre ferme, en face la Pointe de Germain.

« A l’entrée de la nuit, les deux nôtres ont abattu toutes leurs voiles et une partie de leurs mâts et ont paru être échoués. Les six ennemis sont un peu au large, allant et venant et paraissant avoir des intentions hostiles. Il est possible que demain matin, il y ait quelque affaire. Voilà l’état actuel des choses."

Les deux autres bâtiments, « La Pauline » et « Le Borée » sont en sécurité dans le port de Sète, sans aucune avarie. Ils s’échouèrent en entrant, mais ils furent relevés en moins d’une heure.

Les barques réquisitionnées par le maire de Villeneuve arrivent sur les lieux, mais il est déjà tard, et la nuit tombe. La garde nationale de Montpellier bivouaque sur place. Des feux sont allumés sur la plage pour montrer à l’ennemi que la plage est surveillée. Au petit matin, le général se rend à bord du "Robuste" pour proposer au contre-amiral Baudin qui commandait toute la division tous les secours qui étaient à sa portée.

Celui-ci demanda seulement qu’on établit sur la plage quelques pièces de canon pour empêcher les péniches des vaisseaux anglais de passer entre la terre et les vaisseaux.

Des ordres sont donnés sur le champ pour satisfaire la demande du contre-amiral. Le maire de Montpellier met à disposition la garde d’honneur à pied et à cheval pour traîner les pièces d’artillerie. Quelques marins sont débarqués sur la plage à l’aide de chaloupes. Certains, sautent à l’eau pensant rejoindre la rive à la nage. En tout, soixante officiers et mille six cents marins ou soldats de marine. La mer est houleuse et plusieurs d’entre eux vont se noyer pendant cette tentative.

« Cependant, la matinée a été belle et les bateaux anglais n’étaient plus en vue. On a pu envoyer du port de Sète des bateaux de poche qui ont considérablement aidé à l’évacuation des vaisseaux. Mais vers onze heures, quatre vaisseaux ennemis ont reparu dans le sud-ouest. Je les ai vus manœuvrer pour s’approcher des bâtiments échoués qu’ils voulaient vraisemblablement détruire."

Le général Fregeville avait fait monter à bord des bateaux des pièces d’artillerie de huit et de quatre. Mais la position du "Robuste" ne permettait de tirer sur l’ennemi que par son arrière. Un combat va s’engager entre les vaisseaux échoués et quelques chaloupes ennemies parties sonder la côte.

« Des chaloupes de nos vaisseaux furent aussi armées et envoyées pour les combattre. Les vaisseaux anglais tirèrent aussitôt sur elles, et là finit le petit engagement. »

Les vaisseaux anglais encerclèrent les deux bâtiments français et restèrent ainsi jusqu’à la nuit. Vers six heures et demi, le contre-amiral fit annoncer à l’aide d’un porte voix qu’il allait mettre le feu à ses deux vaisseaux. Après avoir débarqué ce qui était de grande importance, il donna l’ordre aux troupes de se retirer. Un quart d’heure après, le "Robuste" était en flammes, quelques instants après, ce fut au tour du "Lyon" de partir en fumée. Les Montpelliérains et les Villeneuvois furent les témoins éloignés de cet incendie.

« Je plaçais mes troupes de manière à ne point souffrir de la décharge de l’artillerie, ni de l’explosion lorsqu’elles avaient lieu. »

A dix heures, c’était terminé. L’artillerie est rentrée à Sète. Et le Général Fregeville d’ajouter :

"Je ne terminerai point cette lettre sans revenir sur le zèle des citoyens à porter secours de la côte. Il a été tel que si nous ne l’avions pas ralenti, il y aurait eu ce soir, une petite armée dont on aurait été fort embarrassé. Les maires ont marché à la tête de leur commune et je leur dois le témoignage qu’il est impossible de montrer plus d’ardeur et plus de volonté."

Un fois de plus, la population de Villeneuve avait montré à cette occasion un grand élan de solidarité et de patriotisme. N’écoutant que la voix du devoir, les pêcheurs villeneuvois n’avaient pas hésiter à aller porter aide et secours aux malheureux marins du "Robuste" et du "Lyon" au risque de se frotter au danger de l’artillerie anglaise.