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Les remparts

 

Villeneuve avait un système de défense constitué par ses épaisses murailles, bastionnées et entourées de fossés profonds en communication avec l’étang par le canal de la Capoulière.

« Les murs couronnés de créneaux avaient 4 mètres de hauteur, 2,5 mètres d’épaisseur à la base et 2 mètres au sommet. A la jonction des alignements étaient les contreforts qui protégeaient les arêtes saillantes. Au pied s’étendaient des fossés de 4 mètres de largeur sur 3 mètres de profondeur. (Fabrège, p 100).

La vieille tour de guet qui se dressait au milieu de la place menace ruine dès le début de XVIIème siècle. Elle servait de refuge, la nuit, aux malandrins et mauvais garçons qui agressaient les femmes et les passants attardés, si bien qu’on n’osait plus s’aventures dans son voisinage, la nuit venue. Cette tour sera démolie en 1718 par le maçon François Fabre, (98 livres) pour y construire une maison.

Les vieilles murailles dont la protection s’avéra si efficace dans le passé, sont terriblement négligées et dans un tel état de délabrement qu’il faut les réparer à plusieurs reprises. En 1674, on bâtit la Porte du Gazilhan avec les pierres récupérées dans les fossés.

Combien y avait-il de portes autour de l’enceinte de Villeneuve ? Le problème s’avère un peu compliqué car chacune d’elles a bénéficié de plusieurs appellations. On trouve cependant les 2 portes principales, au nord, la Porte Saint Laurent ou Porte de Montpellier, et au sud, la Porte Notre Dame ou Porte Maguelone. La porte principale, celle par où les évêques faisaient leur entrée seigneuriale était celle de Notre Dame. Ces portes étaient surmontées d’arcades munies de herses, de créneaux et de meurtrières. Le Capitou avait une issue particulière en face Maguelone. [Au XIIIème siècle, il est fait mention de la Poterne de la maison de l’évêque qui semble être différente de la Porte Notre Dame. [L’historien Germain affirme en avoir vu les vestiges vers 1850.] Porte Notre Dame que les anciens villeneuvois appelaient "Traou das Capelans" (trauc dels capelans) autrement dit trouée ou passage des curés.

 

Emplacement des fossés (en vert) vers 1830

Plan Napoléonien (Arch.munic. de Villeneuve)

 

En 1633, on mentionne trois portes : les deux premières citées et la Porte de la Grenouillère. A noter que la Porte Notre Dame porte également le nom de Portail d’Aval. En 1674, on bâtit la Porte du Gazilhan. Cependant, en 1735, on ne parle que de deux portes. Celle de Maguelone est également appelée Porte de Frontignan. Enfin, en 1790, il est encore question de 3 portes : la Porte Notre Dame ou Grenouillère menant au chemin des Moures, la Porte de Mireval menant au chemin des Salins et la Porte Saint Laurent menant aux chemins de Fabrègues, de Montpellier et de Saint Saturnin (chemin de la Mosson).

Le 20 avril 1704, la muraille s’éboule à la Porte Saint Laurent. A plusieurs reprises, on signale des éboulements qui doivent être colmatés. En 1715, c’est le pont qui franchit le fossé a la Porte de Mireval qui doit être réparé.

En octobre 1722, un grand pan de murailles s’éboule sur une longueur de 7 cannes (28 m environ) à cause de pluies incessantes.

En 1765, un dilemme se pose aux habitants de Villeneuve : vaut-il mieux réparer les murailles qui protègent d’hypothétiques voleurs, ou au contraire faut il les abattre pour permettre à l’air de mieux circuler et de « balayer les miasmes qui dévastent la population ». Le conseiller à la cour Poytevin conseille même la démolition complète des murailles « afin que l’air vicié se trouve largement et constamment renouvelé. »

Mais le Conseil de ville persista à défendre ses murailles, prétendant que lorsque les portes sont fermées, « la communauté est à l’abri des malfaiteurs, et que c’est un vain prétexte d’avancer que la fermeture des murs procure ces exhalaisons et incommode la santé de ses habitants. »

Il faudra attendre 1836 pour que la communauté décide enfin la démolition des funestes murailles.

Leur démolition et le comblement des fossés, vont libérer des espaces vacants. Certaines rues vont être prolongées après la démolition de vieux immeubles inoccupés. La rue des Ortolans et la rue neuve seront prolongées jusqu’à la route de Mireval. Des terrains vacants entre la rue Neuve et le boulevard extérieur seront vendus pour la construction de maisons. Le produit de ces ventes devait servir à financer la construction du groupe Mairie Ecoles. Villeneuve va connaître une extension de son habitat sur l’emplacement des anciennes douves remblayées et sur le chemin de Montpellier (avenue de la Gare). Le village trop longtemps confiné à l’intérieur de son enceinte va pouvoir enfin s’étaler sur ces espaces libérés. Entre 1832 et 1852, on comptabilise 125 nouvelles constructions.

 

Outre le rôle primordialement défensif des remparts, l'emplacement géographique peut révéler une importance capitale dans la vie politique de la cité.  L'application de certains privilèges en est étroitement liée. En 1249, une charte de Pierre de Conques attribue quelques avantages aux habitants de Villeneuve, dans l'enceinte de leurs murs.

Au moyen-âge, les fossés qui entourent le village sont aussi l'objet de prérogatives. L'évêque abandonne à tout jamais les cannes qui croissent dans le fossé d'enceinte de leur village et dans l'espace compris entre ce fossé et la muraille de clôture, à l'exception de la partie de ce terrain qui s'étend de la Porte Neuve à la Portelette ou Poterne, servant d'entrée à la maison de l'Évêque. Il leur accorde également le doit de chasse et de pêche sur tout le sol borné par les mêmes limites, avec la recommandation de respecter les arbres ou arbustes.

Ce texte apporte également quelques précisions supplémentaires quant à la toponymie des portes ou entrées du village.

 

Le 22 mars 1843, lors de la séance du conseil municipal, le maire Suquet propose la démolition de la tour de l’horloge, près de la porte Saint-Laurent. Elle était située presque à l’emplacement de la mairie actuelle. La démolition de cette tour donnerait une ouverture, et le point de vue très beau puisqu’il ne serait pas masqué par aucune construction. On venait de planter deux allées d’arbres sur l’avenue du Grand Chemin et la perspective en serait très heureuse. M. le maire propose aussi d’acheter les maisons adossées à la tour de l’horloge, et de les abattre. L’espace ainsi dégagé servirait à la construction d’un groupe Mairie-Ecoles. La porte St Laurent est restée longtemps l’entrée principale du village.

Actuellement, il reste peu de vestiges de l’ancienne enceinte. Les maisons de la rue du Martinet s’appuient sur le seul pan qui a été conservé et dont on peut encore voir l’appareillage du côté de la rue des Remparts. On aperçoit également un pan sur le boulevard du chapitre à la maison Berthès, et un point d’appui sur un mur derrière l’église. L’emplacement de la porte de Mireval est également visible au bas du boulevard des fontaines

 

Villeneuve (entrée du village nord)

Dessin J.M Amelin 1823 - Bibliothèque municipale de Montpellier

 

 

Aujourd’hui, dans la topographie locale subsistent encore quelques noms qui font référence à l'existence des anciens remparts :  Place de la Porte Saint Laurent, Rue de la Porte Saint Laurent, Rue des remparts.

 

 

 

Villeneuve (façade sud)

Dessin Amelin 1823 - Bibliothèque municipale de Montpellier

Villeneuve (côté ouest - route de Mireval)

Dessin Amelin 1823 - Bibliothèque municipale de Montpellier

 

La porte Notre Dame

[collect. fonds ODAC - 9502622]

 

 

Pan de mur de l'ancienne enceinte. Rue des remparts Point d'accroche des remparts. Derrière l'église St Etienne. L'immeuble Berthès s'appuie sur l'ancien mur d'enceinte. Quelques fenêtres y ont été percées récemment (Boulevard du Chapitre) Vestiges de l'ancienne porte de la Grenouillère (angle boulevard des chasselas et rue le la Grenouillère)

 

 

Sources:

J.P.G. Delpuech : Villeneuve les Maguelone, Formation et vie d'un village languedocien (Tapuscrit - 1959)

A.Germain : Villeneuve lez Maguelone, ses origines, ses privilèges, ses libertés (1853)

Archives municipales de Villeneuve lès Maguelone

Bibliothèque municipale de Montpellier [ Fonds Amelin ]