Sommaire

La réserve de l'Estagnol

 

Ce terme d’ « ESTAGNOL » est souvent utilisé dans notre région pour désigner une étendue d’eau plus ou moins importante. Elle est aussi utilisée pour  signaler un étang existant ou asséché. [en occitan, un estanhol désigne un petit étang].

La réserve de l'Estagnol (photo A.Guerrero)

 

Situation

L’Estagnol dont nous parlons est situé sur la commune de Villeneuve lès Maguelone, à proximité du domaine de la Magdelaine. A quelques kilomètres au Sud-Ouest de Montpellier, au pied du massif de la Gardiole, l'étang de l'Estagnol occupe une ancienne doline sur une superficie de 78 hectares.  Il est abrité des vents du Nord par le mont Saint-Baudile (185 mètres) et des vents du Sud par la croupe de Puech Long ( 17 mètres). Alimenté en eau douce par des résurgences, son niveau peut monter assez rapidement lors des crues de la Mosson.

Ce plan d'eau diffère donc des étangs qui s'étendent derrière les plages du littoral Palavas-Sète (Vic, l'Arnel, Pierre-Blanche, etc.) constituant le reliquat d'anciens golfes marins isolés au quaternaire par des cordons littoraux sableux (lidos). En effet, ces derniers sont peu profonds, battus par Ies vents et la salinité des eaux, souvent élevée, varie au gré des pluies saisonnières.

 

Historique

Il est déjà cité dans le cartulaire de Maguelone en 1160 (Stagneolum de Exindro). En 1168, l'étang de l'Estagnol ou petit étang d’Exindre alors propriété de l'évêque de Maguelone, fut soumis à différentes tentatives d'assèchement. A la fin du 19e siècle, il comportait un ensemble de prairies entretenues et de roselières exploitées pour la confection des toitures ou d'objets de vannerie.

Après la découverte de bauxite dans Ies calcaires de Ia rive nord, l'étang devint la propriété de la Compagnie Péchiney qui en délaissa l'entretien, avec pour conséquences des inondations et Ie développement excessif des roseaux ; les gisements se révélant moins intéressants que prévu, le Conseil supérieur de la chasse acquit l'étang en 1956, pour y créer une réserve d'oiseaux d'eau. Son intérêt ornithologique étant reconnu, la réserve de chasse devint une réserve naturelle.(Arrêté du 19 novembre 1975)

Pendant plusieurs années, il ne fut pas question de modifier l'état des lieux, mais le développement d'une nouvelle espèce de moustique (le Mansonia ou Coquilletidia Richardii), dont la larve utilise les tiges des roseaux, incita l'Office national de la chasse, successeur du Conseil supérieur de la chasse, à revoir, en 1974, l'aménagement et la gestion du site en vue de favoriser le stationnement des canards tout en freinant le développement de ces insectes indésirables. Les sécheresses des années 1974-75 favorisèrent les travaux réalisés en collaboration avec l'Entente Interdépartementale de Démoustication.

 

Le milieu naturel

la flore

L'étang de l'Estagnol se présentait sous la forme d'une vaste étendue de roseaux (Phragmites communis) entrecoupée de quelques touffes de massettes (Thypha latifolia) et de scirpes (Scirpus lacustris) avant les travaux d'aménagement et la création de zones d'eau libre. La végétation ligneuse est formée par des boisements d'aubépine (Crataegus monogyna) et de pruneliers (Prunus spinosa) qui bordent par endroit le canal de ceinture. Un inventaire exhaustif de la flore réalisé en 1982 a permis d'établir une liste de 186 espèces dont plusieurs sont rares ou menacées de disparition dans la région.

 

La faune

L'étang de l'Estagnol est un site idéal pour l'hivernage de nombreuses espèces de canards. En effet, il sert de reposoir diurne aux canards qui se nourrissent sur les étangs saumâtres, de l'étang de l'Or à l'étang d'Ingril. Mille oiseaux en moyenne utilisent chaque jour, du mois d'octobre au mois de mars, les roselières ou les plans d'eau. Les espèces les plus abondantes sont la Sarcelle d'hiver (Anas crecca), le Canard colvert (Anas plathyrynchos) et la Foulque macroule (Fulica atra).

L'étang de l'Estagnol et l'ensemble de la région jouent par ailleurs, un rôle d'escale et de rassemblement lors des migrations de certaines espèces. En effet, après la traversée de la Méditerranée, les oiseaux ont besoin de se reposer et de refaire leurs forces avant de poursuivre leur migration de retour.

A la belle saison, les roselières de l'Estagnol voient s'installer pour leur reproduction le Râle d'eau (Rallus aquaticus), la Foulque macroule (Fulica atra) et le Canard colvert (Anas plathyrynchos) mais également la Rousserole effarvatte (Acrocephalus scirpaceus), la Lusciniole à moustache (Acrocephalus melanopagon), la Bouscarle de cetti (Cettia cetti) et d'autres fauvettes. Le Héron pourpré (Ardea purpurea) a niché dans la phragmitaie fermée ; l'absence de nidification est à noter depuis 1985.

 

Aménagement Gestion du milieu

La faiblesse d'entretien et l'absence de pâturage extensif ont favorisé l'envahissement par la végétation, en particulier par la roselière qui a progressivement colonisé Ies plans d'eau. L'alimentation hydraulique irrégulière se traduit par des assèchements partiels.

Un programme de recherches visant à restaurer et à maîtriser Ie fonctionnement hydraulique et à éviter une fermeture totale du milieu par la roselière est en cours de réalisation. Des pompes et des vannes assureront la maîtrise de l'eau et Ie pâturage extensif contrôlé et le faucardage d'une partie de l'étang éviteront à l'avenir la fermeture des plans d'eau.

 

Sources documentaires : plaquette éditée par l'Office national de la chasse . 1993