Sommaire

L'approvisionnement de l'eau

 

La position géographique de notre commune ne semble pas la prédisposer à connaître des carences en matière d’approvisionnement d’eau. Située dans un environnement aquatique, avec la présence des étangs, de la mer, et de la Mosson, le problème de l’eau a été pourtant un souci permanent à travers toutes les époques. La paroisse de Villeneuve est située à une distance respectable de la rivière Mosson, et aucun point d’eau, aucune source ne jaillissent à proximité. Il a fallu donc assurer l'approvisionnement du village en eau grâce à des puits. Nombreuses sont les petites cours du village qui possèdent des puits, le plus souvent mitoyens. Cette situation durera jusqu’au début du 20ème siècle. On note dans l’enceinte du village, la présence de plusieurs puits publics, et de nombreux privés, dont certains appartiennent à plusieurs propriétaires.

En 1748, Jean-Pierre-Louis Vidal, géographe et inspecteur des ouvrages publics dresse la liste des réparations indispensables à faire aux murs et portes de la ville, à l’église, ainsi qu’aux autres endroits du lieu de Villeneuve. Parmi la longue liste des travaux à effectuer, il signale l’absence d’une pièce du parapet du puits Damat. La réparation devra être effectuée à l’aide de cinq crampons de fer qui seront scellés au plomb.

Lors de la visite de contrôle, on constate que la margelle du puits a été bien réparée et « solidement de même que la tablette qui a été raccordée et tous les joints armés de crampons. »

En 1780, le maçon Balsan reçoit 5 livres et 12 sols pour une réparation effectuée au puits communal de la communauté. Le travail a duré deux jours et à nécessité l’intervention du maître, de son compagnon et d’un manœuvre. Un peu plus tard, il recreuse le bassin de la fontaine et répare le lavoir pour une somme de 4 livres et 19 sols, payée par le collecteur Vassas. Il facture une journée de bourrique pour aller chercher la chaux et le sable de rivière.  La même année, c’est le valet de ville, Jean Pioch, qui recreuse le bassin et une partie du fossé de la fontaine.

Le puits communal. (dessin de J.M.Amelin. Bibl.munic.de Montpellier. 1823)

 

Ces différentes interventions, dans un laps de temps assez court, prouvent l’attention que les édiles municipaux apportaient à l’entretien de tous les ouvrages d’eau de la communauté.

L’an onze de la république, et le 15 germinal (1793), un arrêté du Préfet demande de délibérer sur l’emplacement de la commune où le citoyen Sabatier doit construire pour « l’uzage » des habitants, le puits qu’il est obligé de faire, attendu le préjudice qu’il en résulte pour les habitants si le dit puits était construit sur l’emplacement désigné par le rapport du citoyen Nogaret, architecte.

Le conseil municipal déclare que le puits qui doit être fait par le sieur Sabatier doit être construit sur l’emplacement de l’ancienne croix, où l’on avait planté un arbre de la liberté au temps de la révolution. Cet arbre a dépéri par le mauvais temps. Attendant qu’il a été reconnu de tout temps que ni la croix, ni le dit arbre, n’avait jamais gêné ni charrettes, ni voitures, ni les passants, le dit puits sera fait dans tout le mois de thermidor, au plus tard.  

Le 4 février 1815, le conseil se plaint que la seule fontaine du village est l’objet d’actes de vandalisme commis par les enfants qui gâtent l’eau, la corrompent par des corps étrangers et des vilainies.  Cette fontaine se trouve découverte. Il serait très urgent pour la santé des habitants, surtout dans un pays marécageux tel que nous habitons, de faire réparer cette fontaine, seule eau potable que nous ayons, et d’y faire construire deux corps de pompe, qui d’après le rapport de l’ingénieur pourraient coûter la somme de 800 francs. Le conseil vote unanimement le montant de cette dépense très urgente.

Outre cette fontaine publique qui se trouvait à la sortie du village, sur la route de Mireval, le plan napoléonien du village comptabilise 13 puits dans l’enceinte du village. Une dizaine d’entre eux se trouve dans la partie basse.  

En 1825, Sahuc, maçon à Villeneuve creuse un puits pour la commune. Il en réalise un autre l’année suivante. Un contentieux l’opposera à la municipalité pour le paiement du second puits, et justifiera d’une intervention auprès du préfet.

Le 28 décembre 1833, le maire Delorme fait dresser un devis de réparation pour notre pompe publique. Un pompier établit un devis détaillé qui s’élève à 262 francs. Cette dépense pourra être assurée pour subvenir à une réparation qui est d’une grande utilité à la commune.

Le 6 septembre 1835, le maire Jean Bonjean s’émeut auprès de son conseil de l’état du puits communal de la Porte du Port. Les parapets se sont écroulés depuis quelque temps... Plusieurs enfants ont failli y tomber et des personnes ont du leur porter un prompt secours. Il faut construire un parapet en pierre de taille de St Jean de Védas, pour une somme de soixante-douze francs. En 1837, un différent oppose la municipalité à M. Paul au sujet d’une auge placée au puits communal de la Borie.

La même année, le maire Suquet convoque le conseil municipal afin de dégager les moyens financiers afin de subvenir aux réparations de plusieurs puits communaux. « Vous connaissez tous la pénurie que nous avons pour avoir de l’eau, nos puits sont à sec, pour le peu de profondeur qu’il y a, les habitants sont obligés d’aller chercher l’eau très loin. Peu potable, chargée de miasmes qui contribuent à nous donner plusieurs maladies, surtout à la raison que nous sommes voisins des étangs et des marais. Il convient dans l’intérêt général des habitants de prendre des mesures de salubrité publique que la saison actuelle rend indispensable, et pour cela Messieurs, il faut recreuser nos puits afin d’avoir une eau bonne, abondante, limpide, qui convienne à la conservation de notre santé. Il convient que les réparations vont nous entraîner à une dépense assez conséquente que nos revenus ne permettent pas de faire. Mais, qu’importe, il ne faut pas reculer quand il s’agit du bien être du pays.

Un maître maçon établit un devis pour la réparation du puits de la Borie, entièrement délabré et pour celui du plan des Ortolans, le tout pour une somme de 700 francs. Le maire demande une audience particulière au Préfet, pour lui faire connaître l’état misérable des finances communales. Une aide sera accordée à la commune et le conseil municipal loue l’action du représentant de l’état « en lui offrant des remerciements pour sa bonne attention » et remercie M. le maire pour avoir obtenu ce secours si utile à la commune, et les habitants n’auront qu’à se louer d’avoir choisi un homme, qui par son zèle, et par sa bonne administration, contribuera au bien être du pays. »

En 1846, le maire déclare que deux pompes en bois ne fonctionnaient plus et ne pouvaient plus fonctionner et que pour pouvoir donner de l’eau aux gens de Villeneuve, il avait été obligé de leur ouvrir la porte des pompes pour que chacun puisât avec un « ceau », ce qui faisait que les habitants buvaient de l’eau « salle », et que les enfants y jetaient toutes sortes de choses M. St Pierre, pompier à Montpellier se propose de faire les réparations, mais Coquinet, lui aussi pompier à Montpellier fait une offre plus intéressante puisqu’il soumet en plus des réparations, l’entretien gratuit la première année, et cinq ans moyennant la somme de dix francs par an.

Le 23 février 1857, le conseil vote une somme de 355.50 francs pour remplacer les pompes du puits de la Borie et celle du puits neuf, et pour la réparation de la pompe qui se trouve en dehors du village.

La fontaine publique (Avenue de Mireval) (Coll A.Guerrero)

Le 13 août 1858, le juge de paix de Frontignan adresse à M. le Préfet une plainte de plusieurs habitants de Villeneuve qui s’insurgent contre la fermeture d’un puits. S’étant rendu sur les lieux, l’homme de loi dresse le procès verbal de ses observations :

Il existe un puits à l’extrémité d’une des rues voisines au plan des Ortolans, avec parapet, dépourvu de poulie et de seau, dont l’orifice est fermé au moyen d’un couvercle en bois, qui peut être enlevé en cas de besoin urgent.(incendie)

Des témoins lui précisent que le puits a été fermé à la suite d’un accident qui a failli coûter la vie à un jeune garçon imprudent. Journellement, on voyait de petits enfants monter sur la margelle, à l’insu de leurs parents, et jetant toutes sortes de choses à l’intérieur. Devant cet état de fait, et soucieux de préserver la sécurité des citoyens, le Préfet a ordonné la fermeture du puits. Outre le danger, ce puits est aussi une cause d’insalubrité par le stationnement des eaux de lavage que l’on fait autour.

Mais les riverains se plaignent d’être privés d’eau et de voir les maisons voisines inondées à cause du trop plein. En réalité, précise le juge de paix, ce puits qui ne contient qu’une eau qui n’est pas potable, ne servait qu’au sieur Bouissinet, boulanger, premier signataire, et à deux ou trois voisins, soit pour faire le ménage, soit pour laver, ce qui occasionnait au bord du puits et dans la rue, une humidité continuelle, cause d’insalubrité.

Il existe près de là, deux pompes à plusieurs robinets fournissant de l’eau en abondance .
Il semblerait qu’à partir de cette époque l’approvisionnement en eau ne soit plus un problème crucial et que la présence de nombreuses pompes assurent les besoins en eau du village.

Ces pompes demandent un entretien permanent. Le 1er juillet 1874, la municipalité passe un bail avec le sieur Saint-Pierre pour la réparation des pompes et des fontaines publiques de Villeneuve, pour un montant annuel de 200 francs.

Les connaissances en matière d’hygiène ont beaucoup évoluées depuis quelques années. Notre illustre Pasteur est passé par là, et les services de contrôle dénoncent les manquements aux règles élémentaires de salubrité.

En décembre 1900, Louis Thomas, entrepreneur de travaux publics, propose un traité de gré à gré, pour la construction d’un puits au plan Bénézet, car pour la population de ce quartier, le puits est d’une grande utilité. Que par suite du manque d’eau occasionné par les grandes sécheresses successives, ce serait une ressource de plus pour l’alimentation de la population toute entière. Une somme de mille francs est votée en vue de l’exécution de ce travail.

En 1912, à la suite d’observations formulées par le conseil  supérieur d’hygiène de France, le ministre de l’intérieur, demande à la municipalité de mettre immédiatement à l’étude un projet d’adduction d’eau potable dans la commune.

L’exécution de ce projet réaliserait une amélioration vivement souhaitée par toute la population.

Le conseil autorise le maire à faire procéder à des études préliminaires de fouilles et de recherche, à s’entendre avec les propriétaires de terrains sur lesquels seront poursuivies les études, à faire procéder à l’analyse de l’eau et à l’examen géologique des terrains qu’elle traverse.

Les sondages auront lieu sur une parcelle de la Condamine Majour appartenant à Mme Vve.Beaume, sur le chemin du Salin. La municipalité va louer une locomobile avec pompe centrifugeuse Dumont de 100 mm. Mais les sondages s’avèrent infructueux et il faut envisager une autre solution.

En mars 1914, une pompe aspirante et foulante est installée par M. Bompard, constructeur, pour le remplissage des tonneaux de sulfatage. Cette pompe sera installée au puits du chemin de Mireval.

A cette époque, Villeneuve compte 1500 habitants environ. Le village est alimenté par 6 puits communaux.. 

L’ingénieur des Arts et Manufactures Falgairolle dresse un bilan de la situation. Seul le puits de la Borie, fournit régulièrement de l’eau en temps de sécheresse, les autres sont à peu près secs. Cette alimentation est donc insuffisante. Le conseil municipal décide de faire dresser un projet d’adduction d’eau et de le confier à cet ingénieur.

Des essais de débit sont réalisés au puits de la Borie, à la suite d’une visite minutieuse des lieux. Ce puits a toujours fourni de l’eau paraissant très pure, abondante en toute saison. Ce puits a 13 mètres de profondeur, 1,45 m de diamètre, revêtu sur toute sa hauteur avec une maçonnerie en cairons de Castries. Le niveau de l’eau est à 3,40 m au-dessous du sol.

Deux ou trois sondages d’une dizaine de mètres de profondeur seront pratiqués au fond du puits par l’entreprise de forages Carral. Il faudra 2 pompes centrifuges pour le vider. Une couche de vase empêche de prélever un échantillon pour analyse. Cette solution sera abandonnée.

Le 10 juillet 1914, l’ingénieur Falgairolle avertit le maire Bouladou que le puisatier Astruc a terminé le creusement d’un forage de 11 mètres de profondeur et qu’il va procéder au pompage. " On a rencontré à 10m de profondeur une couche de gravier de 1 m. d’épaisseur. Cette couche de gravier donne l’eau qui remonte à 2,50 m. au-dessous du terrain naturel. Veuillez avoir l’obligeance d’écrire à M. le docteur Tarbouriech, chef du service des eaux à l’Institut Bouisson-Bertrand, afin qu’il vienne prélever des échantillons pour l’analyse... »

Le sondage d’une profondeur de 20 mètres coûta 255 francs.

En juin 1923, Santore, ferblantier-pompier, chargé de l’entretien des fontaines, s’inquiète du mauvais état des pompes publiques. Il ajoute qu’il ne peut plus subvenir à leur entretien à cause de l’augmentation persistante des fournitures. Le conseil municipal décide alors de porter à 600 francs les frais d’entretien et de graissage des pompes publiques. Santore s’engage aussi à entretenir les pompes des immeubles communaux (Groupe scolaire, mairie et cimetière), et à intervenir dans un délai de 24 heures au plus. Les fontaines publiques font l’objet de soins permanents. Ainsi,  en avril 1926, la pompe du puits du Gazilhan est réparée et ses abords sont pavés, le tout pour la somme de 1186.60 francs.

Mais depuis les sondages effectués en 1913, le problème de l’eau potable ne semble pas encore résolu à Villeneuve. Si le nombre de pompes suffit à l’approvisionnement du village, la qualité de l’eau consommée ne correspond pas aux normes d’hygiène en vigueur. Il ne faut pas non plus oublier la présence de nombreux puits privés qui atténue le phénomène de pénurie en période de sécheresse.

Au mois de mai 1926, le maire Catineau expose à son conseil que les eaux des puits publics sont impropres à la consommation, et qu’il est donc indispensable de chercher un emplacement susceptible de fournir de l’eau potable.

L’étude géologique montre que Villeneuve est situé sur une terrasse quaternaire formée de limons et de graviers. De plus, les puits creusés dans cette couche tarissent en période de sécheresse. Cette nappe de 5 à 6 km2 ne recueille pas suffisamment d’eau pour fournir une réserve d’eau en rapport avec les besoins actuels du village. Or, les besoins vont en augmentant d’année en année.  

Sous cette couche de graviers et de limon se trouvent des sables pliocènes, les sables de Montpellier. Une nappe d’eau existe bien dans ces sables, mais comme ces derniers forment le substratum des étangs avoisinants ou de marais aujourd’hui desséchés, on abandonne la possibilité d’aller puiser dans cette nappe. En 1927, un autre forage est tenté dans la plaine basse et limoneuse qui unit la vallée du Lez à celle de la Mosson. L’essai n’a pas été fructueux, l’eau y est saumâtre. Le géologue donne l’assurance que seule la rivière peut donner l’eau nécessaire à l’alimentation du village.

Le projet envisage dans un premier temps une campagne de sondages effectués sur les bords de la Mosson. Ces sondages serviraient à reconnaître les couches géologiques du terrain, en vue de l’aménagement d’une galerie filtrante naturelle des eaux de la rivière. Cette galerie remplirait le même rôle que des filtres artificiels. Les travaux seront réalisés par l’entreprise Tartes de Montpellier, spécialiste dans ce genre de travaux. Mais, ce projet ve verra pas le jour car le professeur Blayac et le docteur Aublant, inspecteur principal des services d’hygiène départemental émettent alors la proposition de pomper l’eau dans la Mosson, à l’aval du pont de chemin de fer. L’eau serait ensuite filtrée, puis refoulée dans un réservoir aménagé sur un point haut et qui la distribuerait  par gravitation, avant d’être livrée à la population.

Le conseil municipal charge M. Falgayrolle ingénieur des Arts et Manufactures de Montpellier d’établir le projet définitif d’adduction d’eau devant résoudre la solution au problème dans sa globalité. Les besoins du village s’élèvent à 225 m3 par jour. Il faut demander une autorisation de pompage en raison de la quantité prélevée.. La réalisation du projet est prévu dans un terrain communal dit « Pré Coupiac », sur la rive droite de la Mosson. C’est un projet assez novateur. Le devis du projet s’élève à 687.385 francs et comprend l’achat du terrain sur lequel sera construit le réservoir de distribution.

Cette somme est considérable pour l’époque et prouve avec quel intérêt et quelle détermination la municipalité avait l’intention de régler une bonne fois pour toutes, ce sujet qui était resté en souffrance depuis très longtemps, et que n’avaient pu résoudre les municipalités successives.

Le problème de l’insalubrité des eaux est en plus aggravé par l’état des canalisations souterraines du bas du village, chargées d’évacuer les eaux usées dans la partie haute du village. Il s’exhale des bouches de ces canalisations des odeurs malsaines, très nuisibles à la santé, dans tous les cas rendant inhabitables les maisons avoisinantes pendant la saison des chaleurs.

Les travaux vont durer jusqu’en 1931. L’eau est prioritairement destinée à l’alimentation des fontaines publiques. La municipalité consent à accepter des abonnements particuliers car il y a une production excédentaire, et que le produit de ces abonnements constituera une augmentation notable des revenus ordinaires.

Les concessions seront faites au mètre cube et au compteur, à l’exclusion de tout autre mode. Il est formellement interdit d’apporter aucune modification dans les organes du compteur ou de ses accessoires et de sa position sans le concours d’un agent communal. Les tuyaux d’amenée et de sortie de l’eau seront plombés avec l’empreinte du cachet de la mairie...  Chaque embranchement est muni sous la chaussée ou le trottoir extérieur d’un robinet d’arrêt avec bouche à clé dans un coffret. Au début, seules peuvent se brancher les habitations disposées le long des canalisations.

Villeneuve possède enfin un système d’adduction d’eau appliquant les consignes de salubrité et qui correspond aux avancées technologiques de ce début de 20ème siècle.  

Sources : Archives municipales de Villeneuve lès Maguelone.