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Jean-Marie Amelin "croque" Villeneuve
(1821-1823)

 

AMELIN (Jean-Marie), dessinateur et aquarelliste, né à Versailles le 10 août 1785; mort à Paris le 17 septembre 1858. A l’âge de 26 ans, il appartient à l’armée française et se trouve à Paris où il est employé comme artiste peintre au dépôt des fortifications et à la galerie des plans et reliefs, fonction qu’il occupe du 25 mars 1811 au 30 avril 1812. Le 1er mai 1812, Jean-Marie Amelin se trouve à l’Ecole Régimentaire des Mineurs et Sapeurs du Génie à Alexandrie dans le Piémont (sous l’influence française). Il y est en tant que professeur de dessin, activité qu’il exerce pour la première fois et qu’il continuera jusqu’à la fin de sa vie. Il quittera le pays le 8 mai 1814. Professeur de dessin à l’Ecole Régimentaire du Génie à Grenoble du 9 mai 1814 au 6 juin 1816. Après un passage à Lyon, il se trouve le 19 juillet 1815 à La Rochelle. Et le 7 juillet 1816, alors célibataire et âgé de trente et un ans, il prend ses fonctions de professeur de dessin à l’Ecole Régimentaire du Génie de Montpellier. Il y exercera toute sa carrière jusqu’au 31 décembre 1851. La bibliothèque municipale de cette ville possède d’Amelin un recueil de 2173 vues du département de l’Hérault : aquarelles, dessins à la plume, à la sépia, à l’encre de Chine et à la mine de plomb. Ces vues sont réunies en 10 volumes gr. in-fol. sous le titre de Atlas de Vues pittoresques du département de l’Hérault pour servir de complément au guide du voyageur dans ce département, par J.M. Amelin.

Un onzième volume renferme 221 vues diverses de France et d’Algérie (Catal. Fonds de Languedoc, N° 579). La même bibliothèque conserve un manuscrit autographe de cet artiste en quatre volumes in 4° : Tableau statistique et pittoresque du département de l’Hérault. J.M. Amelin a publié un Guide du voyageur dans le département de l’Hérault, ou esquisse d’un tableau historique, pittoresque, statistique et commercial de ce département (Paris, Gabon, 1827, in 12, avec carte et 12 lithogr.) et un Indicateur pour la ville de Montpellier et le département de l’Hérault (Montpellier Sevalle, 1836, in 16). On doit encore au même auteur un Plan topographique de la ville de Montpellier avec les changements qui ont été opérés jusqu’en l’année 1834, Montpellier s.d. in-folio (dont il y a eu plusieurs éditions successives en 1839, 1846 et 1853), ainsi qu’une partie des dessins qui illustrent le Guide pittoresque du voyageur en France, Département de l’Hérault (Paris, Firmin-Didot frères, 1834-1836).

 

Dans son Tableau statistique et pittoresque du département de l’Hérault dont la médiathèque conserve les 1531 pages manuscrites autographes (Ms. 76, 4 vol. in-4°, achevé le 23 août 1843), Amelin décrit les lieux qu'il visite et qu'il dessine. Il a d'ailleurs une technique un peu particulière : il "croque" les paysages, puis les retouche quelquefois plusieurs années plus tard. On retrouve les dates des opérations qu'il a le soin de noter sur la plupart de ses dessins, lavis ou gouaches.

Je vous livre ici la transcription (presque intégrale) de ce qu'Amelin a écrit lors de ses passages à Villeneuve. Quelques passages n'ont pu être retranscrits malgré ma perspicacité.

 

Villeneuve vu par Jean-Marie Ameline:

 

"La commune de Villeneuve est bornée au nord par celle de Saint Jean de Védas, la Mosson, le pont de Villeneuve, à l'est par le canal du Lez, le grau de Balestras[1], la commune de Lattes, au sud la commune de frontignan, l'étang de l'Arnel, la Méditerranée, à l'ouest les communes de Vic, Miraval, Fabrègues. Elle est traversée au nord par les chemins de Fabrègues à Maurin, du moulin de la Reyze à Villeneuve, de Pignan à Villeneuve, grand chemin de Cette à Montpellier, ancien chemin de Villeneuve à Montpellier, carrière de Rouquet, du jeu de mail, chemin dit du Flès, du chot, plusieurs fossés, la rivière de la Mosson, le ruisseau de la Grau (de l'Agau ?), du ruisseau dit vallat Roux, à l'est du chemin dit de la mort des ânes, le ruisseau de la Capoulière, l'étang de l'Arnel, au sud, les ch. du mas de Nau (Mas neuf), du port du Pilou, des moures, de la font de sauzes, de Mireval à Villeneuve, carrière Poissonnière, ....., Pèlerine, les mas des Moures, Beauregard, cabanes du mas de Nau, canal des étangs, étang de Peyre Blanque, celui du Prévost, de Maguelonne, île d'Esclavon, Poste Philippe, Poste de Maguelonne, à l'ouest carrière Pèlerine, Grand chemin de Cette, vieux chemin de ...., chemin de la Madeleine à Villeneuve, chemin dit carrière du Boulidous, draye du Borlas (du Boulas ?) de Miraval à Villeneuve; le ruisseau dit vallat de la Bouffie, les salines, la métairie Quinze (le mas de Quinze), d'Andos, de la Madeleine, un poste de douane.

Du clocher au nord : 700,00 m, au sud 2100, total nord-sud 2800,00 m. Du clocher à l'est 2200, à l'ouest 1800, total de l'est à l'ouest 4000,00 m."

[1] Ancien nom de Palavas.

 

La tour de l'horloge et la porte St Laurent (juillet 1823)

Entrée de Villeneuve et fontaine publique (1822)

 

Quelques chiffres

Contenance totale

2644,00

Chemins, étangs, ....., pêcheries

474,18

Rochers, terres vaines, marais, plages

893,10

Contenance productive

1276,96

Propriétés bâties

3,78

Terres labourables

698,900

Prés

22,28

Vignes

440,19

Bois, taillis

8,34

Jardins

0,73

Olivettes

21,64

Salines

48,83

Terrains plantés et vergers

0,21

Pêcheries et étangs : 470,17 (compris dans le 2ème article)

 

Canaux de navigation

31

 

 

"La commune de Villeneuve a 219 maisons d'habitation, 4 fours, une fabrique d'eau de vie, 2 pêcheries.

Population : environ 1150 dont 350 garçons, 260 filles, 210 hommes mariés, 210 femmes mariées, 25 veufs, 54 veuves, un militaire aux armées. Avant la révolution la population était évaluée à 969 (ou 213 feux). 

Villeneuve existait dans le 8ème siècle; à cette époque Robert, 3ème comte de Maguelone occupait Villeneuve et dut le rendre à Argemire, évêque de Maguelonne en vertu d'une constitution de Louis le Débonnaire. Villeneuve communiquant avec Maguelonne qui lui fournissait la subsistance, qu'il tirait facilement d'ailleurs, de là lui vint le nom de Villeneuve lez Maguelonne. En 1121, le château de Villeneuve fut réservé par son dernier testament par Guillaume V, seigneur de Montpellier, pour Bernard son 3ème fils. En 1191, l'évêque de Maguelonne y demeurait. Le 1er avril 1622, Bassompierre y passa avec ses troupes, c'était à l'époque du siège de Montpellier par Louis XIII. Il devait au reste à cette époque avoir les fortifications démantelées ainsi qu'on avait fait en 1574 pour tous les forts qui entouraient Montpellier.".....

 

Villeneuve, vue sud (1823)

 

"Anecdote :

On dit dans le feuilleton du Courrier du Midi du 2 avril 1836, un article extrait d'un journal de Narbonne de mars de la même année trop curieux pour que nous ne le reproduisions pas en entier ici le voici textuellement.

En 1633, Jean Jacques  de Plantade, conseiller à la Cour des Comptes, aides et Finances de Montpellier reçoit l'ordre du roi d'abattre le château, les tours, les murailles et les principales maisons de Maguelonne. Le conseiller en sujet dévoué et qui connaissait son monde s'acquitta de cette mission avec un zèle et un empressement qui lui valurent les remerciements de la cour et les malédictions des habitants. L'on ne peut contenter tout le monde, d'ailleurs les ..... de Maguelonne avaient quelques peccadilles à se reprocher, il n'y a pas à dire et il faut avant tout être juste.

Les maçons chargés d'exécuter les ordres du roi et du conseiller à la cour des comptes et des finances de Montpellier comme de braves et dignes maçons qu'ils étaient à ce point même qu'ils découvrirent sous une dalle de l'ancien réfectoire une petite caisse en fer d'un travail admirable, fermée par de grands crochets de cuivre et renfermant un anneau de corail, une ancienne mitre et deux manuscrits intitulés l'un "un de reculinaria" (voir De Wilback, Voyage en Languedoc, p.346) [Manuscrit d'Apicius sur l'Art culinaire] et l'autre "Carya Magalonensis". C'est de ce dernier manuscrit, format in8, monument on ne peut plus curieux de la langue romane au début du XIVème siècle que je veux vous entretenir car il vient d'être découvert il y a peu d'années à Gignac, commune du département de l'Hérault.

Les couvertures du Carya Magalonensis (Noyer de Maguelonne) sont en bois revêtues de velours noir et ornées de dessus par des clous dorés et argentés. L'écriture est bien conservée. Les lettres minces et petites sont purement exécutées et tout cela est orné de ces belles majuscules, de ces naïves et fraîches vignettes, de ces gracieuses arabesques que vous savez.

Mr Moquin Tandon, professeur à la faculté de sciences de Toulouse apprécierait convenablement l'importance de ce monument qui retrace si fidèlement les usages et les mœurs de l'Hérault en 1326, s'est empressé de publier ce document qu'il attribue à André Frédol évêque de Maguelonne.

Par un singulier caprice, par coquetterie peut-être, pour ne pas diminuer le mérite de ses faveurs en les multipliant trop, Mr Moquin a fait tirer le Carya Magalonensis à 50 exemplaires seulement qu'il a généreusement distribués à quelques sociétés savantes et aux intimes."

 

"Le 1er chapitre intitulé umbra est relatif à un monstre marin ; terriblament estendut et gros que pesava entorn VII quintals; e avia testa ses col, e lo morre de vedel, et en mayssas dens dessotz.

Le deuxième chapitre renferme les détails du retour et du passage de Clément V à Maguelonne ainsi que les cérémonies qui eurent lieu pour la réception à laquelle assistèrent les rois de Majorque et d'Aragon. La maison consulaire et les autres principaux édifices furent illuminés, des feux furent allumés sur les places publiques, le peuple portant des torches...

Dans le 7ème chapitre, il est question d'une grande sécheresse qui désola les environs de Montpellier en 1323 et d'une procession qui eut lieu à cette époque pour arrêter le fléau et où les grands moyens furent mis en usage, à ce point même que l'image de notre Dame fut trempée dans les eaux de la rivière du Lez, pour mieux lui faire comprendre sans doute ce dont il était question."

 

Le Carya Magalonensis de Moquin-Tandon

 

"Dans tes terrains tertiaires du département de l'Hérault, on découvre très souvent des restes de grands mammifères d'espèces perdues qui sont ensevelies dans les autres dépôts marins qui bordent la Méditerranée. Ce sont des éléphants monstrueux, des tapirs, des lions, des tigres, des rhinocéros, des mastodontes que sais-je encore. Ces squelettes transportés dans les temps géologiques par les anciens fleuves, ont été recouverts par les sédiments lacustres ou bien par le sable que le remous des vagues a accumulé à l'embouchure des grands courants d'eau. Le maire de je ne sais quelle petite ville de la Provence soutient très sérieusement que tous ces ossements appartiennent aux éléphants des légions d'Annibal. Assurément cette explication ne manque pas de merveilleux ; mais celle de l'auteur du Carya est encore plus curieuse, je m'explique. En 1524, dans le cimetière des juifs de Villeneuve, en creusant la tombe d'Isaac Jogos, rabbin de Lunel, il fut découvert les os du crâne et des dents monstrueuses,  aquela dent era teriblamen grossa, am dessus fach. "

 

Moquin-Tandon

"Parmi les faits les plus curieux qui nous sont révélés par le manuscrit du Carya, il faut signaler le chapitre qui parle d'un botaniste, des herbiers qu'il réunissait et de la vertu de trois plantes miraculeuses qui croissaient naturellement sur le toit de l'église de Maguelonne ... qui auraient pu soutenir honorablement la concurrence avec le thé suisse car las sanctas herhas fonc tresquexcellentas per la guayrison de totz los mals corporals e de membres. cant lo dich mossen prebost era habitador de Magalona, caminava sempre am berbas ho flors per las mas e sa cambra se atrovavon plus de C cayssetas am erbatges diferenciadas e arengadas coma los pargamis des Avescat.

La légende de Saint Roch termine le manuscrit publié par Mr Moquin. Elle est écrite avec cette bonne naïveté du XIVème siècle et l'on y respire en la lisant un délicieux parfum de croyance chrétienne. On sait qu'après divers miracles, atteint de la lèpre et couvert de plaies, St Roch se retira dans une forêt où un chien lui apportait tous les jours des aliments. Aquel chin ly portava al solelh colgan e los matins a l'alba, de pan, de carn, de frutz, de vyns e de hypocras. E daquio mossen Roch e lo chin menjavan lo hum am lo autre, car eron bons amixs, e mossen Roch ly parlava e lo chin idoulava e en aco lo consolava en tan que huna persona de chyn podie ho far.[1] "


 

[1] Ce chien lui apportait au soleil couchant, et les matins à l'aube, du pain, de la viande, des fruits, du vin et de l'hypocras. Et de tout cela Mr Roch et le chien mangeaient l'un avec l'autre, car ils étaient bons amis. Et Mr Roch lui parlait comme à un ami et le chien le consolait autant qu'une personne de chien pouvait le faire.

 

 

"Village moderne : Villeneuve est un bourg qui existe à 10 000 m de Montpellier et 14 000 m de Frontignan. L'aspect de Villeneuve avec ses vieux murs, ses tours et tourelles, sa couleur dorée est pittoresque. Nous visiterons son intérieur. Le bourg. Son étendue du nord au sud est de 280,00 m et de l'est à l'ouest 270,50 m. Son plan atteste sensiblement la forme d'un carré irrégulier toutefois. La grande rue le traverse du nord au sud de la porte St Laurent à la place du Château. On y remarque 5 places ou plans. La place proprement dite la place du Château, voisine de l'église et qui est la plus grande des places, des Ortolans, du chapitre et d'Engras. On y trouve 4 puits et une pompe de nouvelle construction qui se voit en entrant dans le bourg, par le chemin de Montpellier.

L'église est insignifiante, elle a une seule nef ornée ou plutôt barbouillée de mauvaises peintures. Ce qu'il y a de plus remarquable est une vierge en marbre blanc qui est d'un bon ciseau. Les contours sont gracieux : elle appartenait avant la Révolution au couvent des Capucins de Montpellier. Cette vierge est l'ouvrage de Jean Barata, sculpteur de Carrare. Elle date d'environ 1760. Ce même Barata est l'auteur des fontaines de Carcassonne. La sacristie est exhaussée de 8 à 10 marches. Dimensions de l'église : longueur : 35 m, largeur : 25 m

Près de l'église se trouve une construction ancienne fort pittoresque appelée le Chapitre ; elle est remarquable et digne de l'attention des dessinateurs. Sa galerie, sa tour où on ......., (bas de la p.18) la cour, une étable sont vraiment remarquables. Au reste Villeneuve n'est pas sans intérêt sous le point de vue artistique. Les abords, le bourg, la porte St Laurent, la tour de l'horloge, le petit pont, les entours de la pompe, le rond point de l'église, le chapitre, quelques intérieurs offrent des points que le dessinateur saisira avec plaisir.

Ce bourg est la patrie d'Arnaud dit de Villeneuve qui fut grand philosophe et médecin habile. Il florissait en 1295 et appartenait à la Faculté de Médecine de Montpellier. Il demeurait ainsi que nous l'avons vu à Montpellier rue du Courrau. On rapporte que 2 pierres sculptées remarquables existaient à sa maison ; sur l'une on voyait un lion rugissant, sur l'autre on voyait un dragon se mordant la queue. Cet homme habile fut le 1er qui fit connaitre l'eau de vie, l'eau ardente et l'esprit de vin. Probablement ce qu'on désigne à Montpellier sous le nom de preuve d'Hollande[1], 3-6 (trois-six) et alcool."


 

[1] Preuve de Hollande, nom donné à un alcool marquant 19° de l'aréomètre de Cartier et renfermant environ la moitié de son volume d'alcool absolu [Cet alcool à 51oétait capable d'enflammer la poudre à l'époque et avait été pris pour preuve en Hollande et [dans] de nombreux pays]. La preuve de Hollande est dons l'autre nom du "trois-six" bien connu dans notre région.

 

Le chapitre (1826)

 

La cour du chapitre de Villeneuve (1826)

"Les mœurs diffèrent peu de celles des autres lieux du département. La St Etienne est la fête de Villeneuve : un cadet jouvin, un porte enseigne emplumé, une jeune fille en blanc conduisent la jeunesse. On offre des rubans aux étrangers qui donnent la pièce, cela aide à augmenter le plaisir et la joie. On court, on danse, on crie, on saute, on s'évertue de toutes les manières possibles. On danse et valse sur la place au milieu d'un nuage de poussière; emblème de l'inconstance les danseuses au milieu de la valse quittent leurs danseurs successifs et en prennent de nouveaux.

Les habitants ont la rudesse d'une religion mal comprise éclaircie. En 1832, l'honnête Mr Duval, professeur de botanique à la faculté de sciences de Montpellier, Mr Delille ... manqua d'être égorgé ainsi que 22 étudiants qui l'avaient accompagné dans une herborisation. Sans un capitaine de régiment de ligne et les efforts de Mr Duportal son cousin et aimé des habitants de Villeneuve, ces messieurs eussent été fort maltraités. Ils furent toutefois prisonniers pendant tout le jour et insultés par les cris d'une populace effrénée qui les demandait à grands cris. Ils ont couru un bien grand danger et ce n'est que vers le soir qu'on leur envoya de Montpellier quelque aide pour les dégager. Ils furent toutefois accompagnés par la bande féroce avec pierres et vociférations. Un détachement de troupe y fut envoyé et y resta quelque temps. Voici la cause de tout ce bruit. Une croix peu solide sur son pied fut renversée par un des étudiants qui s'y appuya, (Cet étudiant était italien et se nommait Luisia). Des paysans qui la virent tomber crurent qu'on abattait les croix, vinrent en courant au village en proférant des cris de forcenés et assemblèrent les habitants qui vinrent en foule assaillissent Duval et Deville qui fort paisibles s'approchaient du village suivis de leurs élèves ne se doutant guère que toute cette furie était dirigée contre eux qui en ignoraient même le sujet. Ils allaient pour déjeuner et ils furent emprisonnés et dans des angoisses tout à fait motivées jusqu'à 6 heures du soir. "

 

 

"A Villeneuve comme dans tous les lieux voisins de la mer et des étangs on est sujet à des maladies, particulièrement à des fièvres endémiques qui se développent le plus souvent dans les mois d'août et de septembre. Ces affections influent sur la durée moyenne de la vie qui est moindre dans ces cantons que dans les lieux montueux et plus éloignés du même département.

Pour le département de l'Hérault en général le rapport moyen des naissances aux décès est de 36 naissances pour 29 décès. Pour Villeneuve il est de 21 à 22. D'où il résulte un avantage pour les derniers au préjudice de la population. Il serait instant d'y remédier et le remède peut se trouver dans le perfectionnement de l'hygiène publique, dans l'instruction mieux entendue donnée au peuple dans les pratiques sanitaires à la portée de tout le monde comme par exemple d'allumer des feux dans les places, rues, abords du village, environ vers les époques où le danger se manifeste. Il ne serait même pas difficile de trouver pour ces époques des saints dans le calendrier qui pourraient servir de motif, comme st Jean par exemple.

On observe à Villeneuve un grand nombre d'épileptiques; cette affection qui y est si constante ne serait elle pas la suite de l'abus des poissons et des coquillages comme nourriture. Au reste la malpropreté est extrême dans ce village et l'administration si inerte qu'on ne s'en occupe pas et que par suite, aucun habitant ne se mêle de l'hygiène publique en se surveillant l'un l'autre. L'intérieur des maisons surtout est à faire peur; et l'on peut s'étonner de quelque chose, c'est que des fièvres intermittentes, des maladies endémiques n'y soient pas plus fréquentes. On gémit à la lecture des descriptions des usages ....... en bonne foi les paysans des bords des étangs et de la montagne en diffèrent peu.

On ferait bien d'accepter d'employer des moyens simples pour affaiblir les moyens délétères des étangs, parmi lesquels moyens on peut ranger ceux-ci : entretenir les graus, les creuser, les élargir, faire des saignées pour verser les eaux des rivières, percer les canaux pour laisser se confondre librement les eaux des différentes parties des étangs, faire des plantations de bois dans les eaux et sur les lisières des étangs des espaces qui y peuvent prospérer de toutes les autres communes.

Voisines des étangs, il n'y a que Mireval, Cette et Vic dans lesquelles les décès dépassent les naissances d'une manière bien décidée. Celles-ci réclament donc des soins plus prompts; à l'égard des autres, quoique pour elle, les naissances excèdent les décès, mais dans une proportion moins forte que dans le reste du département. Ces communes n'en doivent pas moins être l'objet d'une sollicitude particulière de la part de l'administration."

 

 

"La commune de Villeneuve nous offre quelques promenades. Nous commencerons par la grotte de la

Madeleine. En nous y rendant de Villeneuve, le long du chemin qu'il nous faut parcourir, nous sommes témoins d'un fait qui nous révolte, tout naturel et tout minime qu'il puisse paraitre. Deux sauterelles vertes se tenaient réciproquement par la tête au moyen des pinces dont celle-ci est armée, et l'une plus puissante que l'autre qui résistait pourtant encore, qui avait entamé le crâne dont elle extrayait et suçait la cervelle. Nous avouons que ce sentiment de destruction qui se manifeste si fréquemment dans la nature, nous indigne, et que nous ne pûmes nous défendre d'écraser ces 2 animaux, dans notre 1er mouvement. Cela donna lieu à de nombreuses réflexions qu'il serait superflu de rappeler ici. Nous passons quelques marécages, arrivons à la ferme de la Madeleine où nous pouvons nous rafraichir et continuer notre excursion en traversant un petit ruisseau et un  petit bois qui recèle la grotte dont l'ouverture étroite et tapissée de plantes. Je monte au sommet d'un petit cirque calcaire agreste et offrant des roches de forme très variées. L'entrée de la grotte est peu large, pittoresque et décorée de lierre, vigne sauvage et autres plantes rampantes d'un bel effet. La grotte elle est assez spacieuse et profonde, le sol va en descendant, il est un peu glissant et pierreux. Elle parait d'abord obscure, mais on ne tarde pas à y voir clair. Jusqu'à 15 pas environ de l'entrée, le sol est sensiblement horizontal, il se précipite ensuite; on voit alors cette limite tracée par des pierres. "

 

Grotte de la Madeleine (1822)

 

La Magdelaine (1822)

"La voûte de la grotte se surbaisse vers le fond, on ne voit au dessous qu'un trou vaste et d'un noir absolu Du même point où nous sommes, nous apercevons à la paroi de la voûte, vers la droite une concrétion dont la forme ressemble un peu à une figure de femme, placée dans une espèce de niche; les amateurs d'étymologie prétendent que cette figure représente une Madeleine et a donné le nom à la grotte.  A environ 20 pieds de largeur, en avançant un peu, on trouve à gauche, une grosse roche accompagnée de petites qui parait être tombée de la voûte, Après l'avoir passée, on descend plus difficilement avec moins de clarté quoiqu'il en reste assez toutefois pour pouvoir dessiner, même au plus profond de la grotte.

Arrivé en bas, après avoir parcouru environ 50 mètres, on se trouve au bord d'un lac qui se perd sous une voûte dont on ne peut connaitre le fond. Les habitants du lieu prétendent que plusieurs messieurs s'embarquèrent, firent beaucoup de chemin et revinrent sans rien savoir, leurs lumières s'éteignant. Vers la droite parait également une excavation obscure; mais elle ne semble pas profonde comme celle qu'on a devant soi. L'eau est limpide et en grande quantité. L'entrée de la grotte, et cette grotte vue du fond offre un effet mystérieux et de clair-obscur agréable. Les instruments à vent produisent un charmant effet. Nous y avons essayé des trios de flûtes qui vibraient d'une manière sonore et brillante. Des pierres énormes servent de pupitres. Certes il n'est guère possible de trouver un orchestre et des pupitres plus pittoresques.

Vers la grotte, on rencontre les plantes suivantes : lavatera arborea maritime, orchidas, sérapias, satyria, fumaria, narcissus, specudo-narcissus.

Des environs de la grotte, on découvre les salines, Maguelone, la métairie de la Madeleine[1], qui offrent des sites agréables vers les étangs. Je rencontre la fontaine de la "Joncasse" ainsi nommée à cause des joncs qui y croissent en abondance. Son eau est minérale et employée. Elle contient des principes salins et acide ; car elle rougit les teintures en étalant.  "


 

[1] Aux environs de cette campagne, on trouve les plantes suivantes : thymus triflorum, euphrasia adventis

 

 

 

La Magdelaine vue de la grotte (1822)

"La commune de Villeneuve offre aussi la source minérale, purgative dite de la Madeleine, située près du mas d'Andos. Les salines sont vastes et offrent des détails vraiment curieux; au moment de l'extraction, on trouve le sel d'une blancheur éblouissante et souvent sous des formes cristallines très variées. Une mare assez vaste existe à peu de distance de la ferme de la Madeleine, sur l'ancienne route de Cette. On la prétend poissonneuse.

Mesures : Les mesures sont les mêmes que celles de Montpellier.

Histoire naturelle : La commune de Villeneuve set assez riche sous le rapport de l'histoire naturelle, elle possède surtout un grand nombre de plantes. On y trouve à différents temps les suivantes en s'étendant un peu vers La Lauze et Morin (Maurin)

Le contrôle de douanes de Villeneuve a des postes au Grand Trou, au grau de Pérols, à Balestras, à Maguelonne, au grau Philippe. Le mas des Aresquiers dépend de la commune de Vic mais l'herborisation est plus particulière à celle de Villeneuve, c'est pourquoi nous l'avons indiquée ici.

La commune de Villeneuve n'offre rien de particulier sous le rapport militaire. On y trouve 6 bœufs, 25 à 30 chevaux ou mules dont la plupart transportent le sel des salines à Montpellier, 7 troupeaux de 10 à 150 moutons chacun."

 

 

D'autres gravures de Jean-Marie Amelin

Eglise de Villeneuve (1822)

Plan de la grotte de la Madeleine d'après Amelin

Creux du Miège (1822)

 

Maguelone (Magalona)

Infirmerie ruinée du monastère de Maguelone (1822)

 

 

"Berceau de Montpellier, existait l'an de Rome 636. en 737 (de notre ère), Charles Martel la fit démanteler, à cause que son port avait reçu les Sarrasins; elle avait alors un Évêque. Elle fut rebâtie en 1037 par Arnaud son Évêque. Elle subsista jusqu'en 1530. En 1536, le siège épiscopal d Maguelonne est transféré à Montpellier. Son port (dit Sarrasin) se rouvrit en 1586. On la répara, ainsi que son port, en 1599. On en acheva la destruction en 1633 sous Louis XIII. 

Maguelonne est à 13000,00 au sud de Montpellier. Longitude (église) 1° 32' 52'', latitude 43° 40' 20''. On n'y trouve plus que les ruines encore considérables de l'église, qui sert de magasin à fourrage et de cellier, et l'infirmerie, petit édifice pittoresque et singulier.

L'intérieur de l'église, à une seule nef, fait assez bien; on peut y remarquer le goût italien allié au goût arabe. Sa longueur dans œuvre est de 46,80m, sa largeur de 25,35m dans la nef, et de 31,20m dans la profondeur des deux chapelles. On voit encore dans cette église les sépultures de quelques uns de ses évêques; plusieurs de ces tombeaux sont d'un travail précieux. Le portail, qui, est en marbre de plusieurs couleurs, est bien conservé. Il offre dans le cintre l'image de Dieu, et dans des niches, à droite et à gauche de la porte, les apôtres Saint Pierre et saint Paul. Ces sculptures sont de mauvais  goût, mais on y voit une frise d'un travail assez délicat.

Maguelonne est la patrie de Bernard de Tréviers, chanoine de l'église dudit, auteur des amours de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne."

 

"Il vient de se former à Maguelonne un nouveau grau; on appelle ainsi une communication

établie à travers la plage, de la mer aux étangs. Ces graus sont d'une grande importance pour la salubrité. Celui-ci menace de se combler. Il serait à souhaiter, dans l'intérêt des communes voisines, qu'on l'entretint. Des murs de quai peu étendus en feraient l'affaire. Nous verrons et dessinerons avec intérêt les restes de Maguelonne, dont il ne demeure plus aucun vestige de port; nous y pourrons rassembler un bon nombre de plantes, y déjeuner chez le métayer de Mr René, qui en set le propriétaire, et revenir par le canal des étangs; nous voici de retour aux Quatre Canaux. Nous pouvons nous y rafraîchir chez Mr Chassary, contrôleur du canal, et revenir doucement en suivant la rive droite du Lez. Près Grandemenais (Gramenet), nous passerons la Mosson, qui se jette dans le Lez, après un cours de 34500,00 m du N.O au S.O. Nous arrivons à la 3ème écluse, lieu fort pittoresque. Là, au bord du Lez, se trouve une petite fontaine, où se fournissent les habitants des Cabanes, qui manquent d'eau. Nous prenons bientôt à gauche par un chemin bordé d'osiers, passons près d'une croix en pierre, élevé par un jardinier, Joseph Brives, et suivant le chemin désormais bien tracé, nous arrivons aux Près d'Arènes, où nous trouvons des endroits frais, un maisonnage assez considérable, un fossé fort grand sur lequel on patine quand l'hiver le permet, ce qui n'est pas tous les ans. Nous y herborisons, si bon nous semble, et rentrons à Montpellier riches de souvenirs, de plantes et de dessins, si tant est que nous ayons dessiné et herborisé."

 

 

Maguelone (1822)