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La Réconciliation de Maguelone

 

Après presque trois siècles de sommeil et d’abandon, le domaine de Maguelone fut vendu comme bien national après la Révolution. L’intérieur de la cathédrale servait d’étable. On y entreposait également les provisions de fourrage et de paille. A l’occasion, le bâtiment pouvait aussi servir de dortoir aux visiteurs de passage parmi les chauve-souris et les effraies qui avaient investi les lieux.

Le domaine fut acquis en 1852 par la famille Fabrège.

Frédéric Fabrège consacra une grande partie de sa vie à restaurer l’ancienne église avec intelligence. Lorsque l'édifice fut déblayé et en partie restauré, Fabrège désira y faire célébrer à nouveau des offices religieux. Maguelone sera rendue au culte. C’est cette cérémonie qu’on appelle Restauration. La célébration eut lieu le lundi 14 juin 1875.

Voici le compte-rendu de cette journée que l’on a pu lire dans « Le Messager du Midi » et relatée par Auguste Ricard.

"L’île entière de Maguelone, les abords de l’église, la plage de la mer étaient envahis par huit à dix mille personnes.... L’antique église épiscopale allait être rendue au culte, et une cérémonie imposante, en présence d’une foule bruyante et pleine d’émotion allait restituer au présent ce vieux monument rajeuni de l’art religieux de nos pères.

 

Une foule immense autour de la cathédrale

De tous côtés, par chemin de fer, par mer, par canal, par route de voiture, la foule est accourue, et il y a eu une véritable cohue totalement dépourvue de caractère religieux. Mais si ce caractère a fait défaut, le caractère pittoresque n’a pas manqué : barques à voiles blanches ou à rames amenant de belles dames en toilette, tentes improvisées abritant de joyeuses réunions, groupes assis à l’ombre de la vieille architecture, société aristocratique et peuple consommant à gogo, au son de l’excellente musique du 3ème régiment du génie, des rafraîchissements distribués avec prodigalité par le maître du lieu.

Cette affluence de visiteurs ne comprenait pas moins que toute la population curieuse d’une grande ville et des bourgs environnants. C’était là une fête, vraiment populaire et vivante qui réunissait tous les éléments et toutes les classes de la cité de Montpellier et de sa banlieue. Les autorités et les notabilités de la région avaient tenu à rehausser par leur présence cette rare solennité, à laquelle le concours de la musique donnait un charme particulier.

 

Monseigneur de Cabrières,

évêque de Montpellier.

A trois heures et demie, les tambours battent aux champs et annoncent l’arrivée de Monseigneur de Cabrières, évêque de Montpellier, précédé d’un grand nombre d’ecclésiastiques, désireux d’assister à la réconciliation de l’antique cathédrale.

Après quelques instants de repos, l’Evêque revêt les ornements pontificaux et se dirige processionnellement avec son clergé vers le portail de l’église.

Debout auprès de la porte se trouve la famille Fabrège. Leurs deux jeunes filles tiennent un coussin de soie sur lequel repose une branche de chêne (délicate allusion au blason de Mgr de Cabrières) à laquelle sont pendues deux clés de l’église, l’une en or, l’autre en argent, symboles des armoiries de l’ancien Chapitre de Maguelone.

M.Frédéric Fabrège prie le prélat d’agréer des mains de ses enfants les clés de Maguelone, demeurée jusqu’en 1536 la cathédrale du diocèse.

 

Un trafic intense sur les étangs

 

L’Evêque remercie et félicite M.Fabrège de cette œuvre de sauvegarde. Ensuite, il procède à l’accomplissement des cérémonies prescrites par le rituel, d’abord en dehors, ensuite en dedans de l’église. L’émotion est générale quand le clergé entonne les litanies. Le Prélat franchit le seuil de l’antique cathédrale et vient se prosterner devant le maître autel qu’il allait bénir. Aussitôt se font entendre les chants religieux qui n’avaient plus résonner depuis longtemps sous les voûtes de ce temple. Du haut de la tribune, les accents mélodieux des orgues et les symphonies de la musique militaire se mêlent aux cantiques sacrés.

A la fin de la cérémonie, l’Evêque administre le sacrement de Confirmation à une centaine d’enfants de Villeneuve et termine par un éloquent discours empreint d’une légitime émotion.

Enfin, à sept heures du soir, le salut du Saint Sacrement termine cette brillante fête religieuse.

Le départ de Maguelone a présenté le spectacle le plus varié : du haut de la toiture, revêtue de larges dalles qui recouvrent la nef de l’église, on apercevait, sur la mer, une flottille de barques étendant leurs voiles ; sur le canal et sur l’étang, une quantité de nacelles chargées de touristes et de pèlerins. Sur la plage, sur la route bordée de tamaris, au milieu d’élégants équipages et de modestes véhicules, la foule s’écoulait et disparaissait peu à peu dans l’ombre, se dirigeant vers Palavas, dont le chemin de fer ramenait, pour la plupart à Montpellier, cette immense affluence de voyageurs."

 

Le 22 juin 1925, on fêta à Maguelone le cinquantenaire de la Réconciliation de la cathédrale en présence d'une foule nombreuse sous l'égide de l'évêque René-Pierre Mignen.

Sources:

- Réconciliation de l'église de Maguelone par Auguste Ricard - Montpellier - 1876

- "L'illustration" du 3 juillet 1875.