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La défense de la côte

 

Depuis toujours, les côtes languedociennes ont subi les attaques répétées des corsaires « tripolins », barbaresques, génois, espagnols ou portugais.

Les étangs des environs de Maguelone sont suffisamment profonds pour permettre l’incursion de navires de fort tonnage. Les bateaux y mouillent et s’installent aux portes de Montpellier. Ces corsaires rançonnaient les riches de la région et emmenaient les pauvres qui alimentaient leurs galères.  Mais le véritable danger viendra au début du XVIIIème siècle avec la domination anglaise en Méditerranée. Le commerce qui se concentrait autour du grau de Palavas était continuellement menacé et perturbé. En 1743, l’impossibilité d’exporter des marchandises locales amène les habitants de Montpellier  à décider la construction d’ouvrages défensifs sur toute la côte du Languedoc. Ils vont financer eux-mêmes toutes ces constructions.

Les côtes maritimes du Languedoc seront divisées en sept capitaineries. La capitainerie Générale est composée de 15 Compagnies.  La Compagnie de Villeneuve fait partie de la Capitainerie de Mauguio, au même titre que Clapiers, Grabels, Jacou, Teyran, Montferrier, Assas, Baillarguet, Mauguio, Pignan, Saussan, fabrègues, Baillargues, Colombiers, Leyrargues, Vendargues, Meyrargues, Candillargues, St Géniès, Castelnau, Le Crès, Castries, St Bres, St Georges, Juvignac, st Jean de Védas, Lavérune, Murviel, Pérols, St Marcel, et st Aunès.

 

Le système de défense est composé :

 -De grosses batteries, ouvrages d'art fortifiés et bien armés de canons défendent les estuaires, comme à Agde.

- Des redoutes, moins importantes surveillent un certain nombre de graus, comme à Palavas. [Cette redoute, un temps enfermée dans le château d'eau a été démontée puis reconstruite au milieu de l'étang du Ponant.]

- Des "tours signal", elles-mêmes fortifiées, sont construites sur certains points du littoral pour assurer une meilleure surveillance.

Ces différents ouvrages échangent des informations les uns avec les autres par signaux et pavillons de couleur (bleu, rouge et blanc) dont les combinaisons ont un sens précis. On allume des feux au sommet des signaux pour alerter la population des dangers.

L'ensemble de ces ouvrages est confié aux garde-côtes aidés de matelots.

La redoute de Balestras (Palavas) en 1850

Les habitants des paroisses situées près des côtes étaient recrutés comme soldats de la milice garde-côte. Un tirage au sort était effectué parmi les hommes âgés de 18 à 60 ans. Dans un chapeau, on mettait autant de billets que d'hommes, et autant de billets noirs que de miliciens à enrôler. Celui qui sortait un billet noir était "enrôlé" comme garde-côte. Les remplacements se faisaient tous les ans. 

 

"Tour-signal" semblable à celle de Maguelone

A Maguelone, une "tour-signal" avait été installée. Trois matelots sont chargés en permanence de la surveillance. Le poste est doté de 5 pièces d'artillerie (deux de 16 et trois de 12). Il est commandé par 1 capitaine, 1 lieutenant et 1 enseigne. La compagnie possède 37 fusils et une réserve de bois et de sarments pour allumer des feux en cas de besoin.

Pour ce qui concerne Villeneuve, en 1747, 40 hommes sont réquisitionnés à tour de rôle:2 sergents, 1 tambour et 37 fusiliers.

En mars 1747, l'Inspecteur des milices Garde-côtes visite le poste de Maguelone:

" Maguelone est dans une une île d'une demie lieue de circonférence, vis à vis de Villeneuve dont elle est séparée par l'étang et située entre le canal et la plage. Il y a dans ce poste deux matelots et un pissendier qui occupent un logement dans la maison du fermier du Chapitre de Montpellier, qui est le seigneur de cette île. Appelée autrefois Port Sarrazin, cette île est très fertile en grains. Il y a une fontaine et un puits d'eau douce. Depuis quatre ans, il s'y est formé un grau à portée de fusil. De cette île, on y fait le feu du signal qui se trouve à une petite hauteur en bordure de celle-ci."

 

 

 

Aujourd'hui, cette construction a complètement disparu. On connaît sa position grâce au plan Napoléonien conservé aux archives municipales.(photo ci-contre). D'après la position sur la carte, on peut imaginer cette construction au niveau du poste de secours actuel.

Entre le poste de Maguelone et le poste des Aresquiers, on trouvait également le poste Philippe que les anciens villeneuvois ont encore en mémoire. Autrefois, les restes dressés au milieu des parcelles de vigne, étaient un repère physique sur cette plage plate et uniforme.

La mer ayant avancé de plusieurs dizaines de mètres au cours des dernières décennies, les ruines de cette construction sont aujourd'hui complètement immergées à quelques encablures du rivage.

 

Les incidents sont nombreux dans le secteur, mais les anglais évitent de se confronter à la Redoute de Palavas. Ils préfèrent faire des incursions au niveau de Maguelone ou des Aresquiers. Le 16 mai 1807, un bateau de pêche fut capturé par une frégate anglaise au large de Maguelone. Pratiquement au même endroit, en 1808, un combat s’engage entre une galère française et trois corsaires mahonnais (originaires de l’île de Minorque).Quelques jours plus tard, à la même hauteur, un bateau ligure est attaqué par un bateau corsaire qui lui volera des caisses d’argent représentant une très forte valeur. L’équipage est sauvé par des marins de Villeneuve qui lavaient leurs filets au bord de la mer. Pendant toute cette année 1808, un capitaine de frégate anglais, Lord Thomas Cochrane harcela les parages, semant la terreur parmi les pêcheurs et les populations locales. Ce capitaine anglais avait tellement fait parler de lui que l'empereur Napoléon 1er l'aurait surnommé "le Loup des Mers".

 Un épisode impliqua plus particulièrement notre commune : c’est la Bataille navale de Maguelone.

Voir aussi : La redoute des Aresquiers

 

Carte de Cassini

 

 

Sources bibliographiques :

 

-Louis-J Thomas et Emile Séguy : Il était une fois.... de la Tour Magne à Saint Nazaire (1948)

-Jeanjean Christian : Aux origines d'un développement touristique:Palavas (Thèse 1971)

-Muthe Gabriel : Des cabanes aux Pyramides (1997)

-Journal Midi-Libre (Juillet - Août 2008)

-Zdzislaw CTERNASTEK : Notes personnelles

-Bulletin de la Société d'Etudes scientifiques de l'Aude (1942)

-Anne Blanchard : La défense des côtes languedociennes à l'époque moderne (XVIème-XVIIIème) (1998)

-Archives municipales de Villeneuve lès Maguelone

-Archives Départementales de l'Hérault : Série C