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La basilique funéraire de Maguelone
(Importantes découvertes archéologiques à Maguelone)

En 1997, un arrachage de vignes  dans le domaine de Maguelone a permis de récupérer divers documents antiques.  (doc 1)

 

Une église funéraire :

Dans l'état d'avancement des recherches (2000m2 fouillés), seule la moitié nord de cette église a pu être mise au jour. Il s'agit d'un édifice très ample (52m de long hors tout ; pour une largeur restituée d'environ 31m au niveau des annexes et de 2Sm en façade), soit sensiblement plus vaste que la proche cathédrale romane.

Arasée mais bien lisible au sol, cette église, parfaitement orientée, comporte une vaste nef (33 x 14m à l'intérieur), prolongée par une abside semi-circulaire flanquée de puissants contreforts. Deux annexes funéraires (de 41 et de 63m2) au nord (et sans doute une seule au sud d'après les prospections) s'appuient contre la moitié orientale de la nef, tandis que la moitié occidentale de cette même nef est entourée d'une galerie de 3,20m de large, couverte à l'origine mais ouverte vers l'extérieur. Deux entrées monumentales, à l'ouest et au nord (et sans doute une autre au sud), donnent accès à l'édifice. Dans la partie occidentale de la nef subsistent, à faible profondeur (-0,30m), les restes du sol primitif de cette église.

Les murs, arasés au niveau des fondations à la suite de la récupération ancienne des matériaux de construction, sont en moellons de calcaire dur, liés par un mortier blanc jaunâtre. Pour l'église proprement dite, ils sont très puissants (l m d'épaisseur pour la nef, 1,80m pour l'abside) et très profondément fondés sous le niveau d'utilisation (-1,20m pour la nef et -1,40m pour l'abside) ; les murs du portique et des annexes en revanche sont plus légers (0,6S / 0,85m) et moins profondément ancrés (-0,70 / -0,80m). Les uns et les autres sont néanmoins très homogènes et paraissent construits, sinon d'une seule venue, du moins dans un court laps de temps. Nef, annexes et portiques devaient être couverts de toitures en tuiles reposant sur de puissantes charpentes ; l'abside en revanche devait comporter une voûte maçonnée en cul-de-four, sans doute en tuf si l'on en juge par les vestiges abondants de ce matériau trouvés dans le secteur du chevet.

 

De nombreuses sépultures : (Voir diaporama)

De nombreuses inhumations occupent, sur un seul niveau, le sous-sol de cette église ; elles sont concentrées essentiellement dans la partie occidentale de la nef, dans le portique et dans les annexes. A l'extérieur, elles se serrent en éventail autour du chevet et paraissent s'organiser de manière plus lâche sur une dizaine de mètres tout à l'entour de I'édifice. A ce jour 80 tombes ont été mises au jour et fouillées, dont une soixantaine dans l'église. Ce sont essentiellement des coffres en dalles ou en lauzes, des coffres maçonnés, des bâtières en tuiles ou des coffres mixtes, dans lesquels on observe des remplois antiques. Les inhumés sont des hommes et des femmes adultes et des enfants. Quelques-unes de ces sépultures contenaient un petit mobilier, essentiellement des éléments d'habillement (plaques-boucles ou boucles de ceinture) et de parure (bague, collier de perles), mais aussi quelques objets d'accompagnement (fioles de verre, couteau).

Le plan de l'église, les techniques de construction mises en oeuvre, la typologie des sépultures et le mobilier découvert permettent de dater globalement cet ensemble du VIe siècle de notre ère, l'édifice pouvant cependant avoir été construit dès la fin du Ve siècle. Il aurait été en revanche utilisé pendant un laps de temps assez court - quelques générations -, détruit et définitivement abandonné sans doute dans le courant du VIIe siècle. Des analyses des ossements humains par radiocarbone devraient permettre de préciser ces datations.

Le vocable de cette église n'est pas connu par les textes médiévaux et son souvenir même est perdu. C'est cependant le plus ancien édifice chrétien conservé sur l'île de Maguelone et l'un des plus anciens du Languedoc avec les églises de Loupian (Hérault), de Narbonne et de Montferrand (Aude). Quand il sera totalement fouillé (il reste en effet la moitié sud de l'édifice à explorer), ce sera la seule église funéraire paléochrétienne entièrement conservée en plan du Midi de la France, un édifice dans lequel les fidèles devaient avoir à cœur de se faire enterrer, auprès de quelque saint local, peut-être l'un des premiers évêques de Maguelone, ou de reliques importées.

On sait que l'île de Maguelone, qui couvre une superficie de 30 ha, est au plan géographique un site unique en son genre sur le littoral languedocien, un lieu privilégié et singulier, occupé. semble-t-il, sans discontinuité de l'époque protohistorique à nos jours, mais avec une densité mal connue. Occupé à l'époque romaine, le site sera choisi, pour des raisons qu'on ignore, comme siège d'un évêché au cours de I'Antiquité tardive, situation qui durera, avec des hauts et des bas, jusqu'au XVIe siècle, époque où il est transféré à Montpellier. Il en subsiste la somptueuse cathédrale romane, haut-lieu cher aux Languedociens. Mais de l'Antiquité romaine et chrétienne, on ne connaissait que très peu de choses jusqu'à présent. Ces découvertes exceptionnelles confirment l'importance de ce lieu sacré au cours de l'Antiquité tardive (V-VIIe s.), et laissent présumer l'existence d'un évêché à Maguelone dès le Ve siècle - alors que le premier évêque n'était connu par les textes qu'en 589 - et éclairent d'un jour nouveau l'histoire du début du christianisme en Languedoc. (Le 1/05/1998 - Guy Barruol)

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