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Croyances et légendes à Maguelone

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La Belle Maguelonne

La légende la plus répandue est incontestablement celle de "La Belle Maguelonne et Pierre de Provence". Ce roman courtois connaît un franc succès dès sa première apparition, vraisemblablement au XVème siècle. Au fil des siècles, il sera traduit et raconté dans presque toutes les langues d'Europe. Cette histoire sera très répandue en Allemagne et en Autriche où elle devient un pilier du légendaire national. A tel point, qu'aujourd'hui, cette légende est plus connue dans les pays de langue allemande qu'en Provence ou en Languedoc. ("Die shöene Magelone".)

Ce roman a inspiré et influencé de nombreux auteurs et musiciens: Cervantès, Arioste, Clément Marot, Georges Baume, Ferdinand Hérold et Maurice Clavel.

Voir : La légende de la Belle Maguelonne

Pierre de Provence et la Belle Maguelonne

par B.Michaut - Ed.Bocard - Paris- (sd)

 

 

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Le char de la "Campana de Magalouna" lors

du carnaval de Montpellier de 1897.

 

Si Maguelone a inspiré poètes et romanciers, il est incontestable que ce sont les félibres qui ont été le plus séduits par ce haut lieu de notre région. Dès 1877, le félibrige avait fait de l'île de Maguelone, un de ses lieux sacrés. Lieu sacré dont la configuration géographique particulière prédispose au mystère et aux légendes.

Dans « Mireille » Mistral compare son héroïne à « Magalouno ». Le 21 mai 1900, il préside la fête de la Santa Estella à Maguelone.

[L'"Estella", l'étoile à sept branches (l'estella di set rai), faisant allusion aux sept créateurs du Félibrige en 1854.]

A Montpellier, les félibres locaux éditent une revue, la « Campana de Magalouna » qui paraîtra de 1892 à 1933. Sous l'égide de Jean Fournel, on trouvera dans les 1ers numéros la plume de Charles Gros, de Paul Chassary et de François Dezeuze, dit "L'Escoutaire".

L'Escoutaire, c'est celui qui entend, celui qui écoute tinter la cloche. La cloche de Maguelone, naturellement, celle qui va lui donner l'inspiration que ne lui fera jamais défaut.

 

L'Escoutaire  devint le "pilier" de ce journal et publia pendant plus de 40 ans de nombreux contes, galéjades, chroniques et pièces de théâtre qui font encore aujourd'hui le délice des occitanistes nostalgiques de cette époque-là.

 

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Le tombeau de "La Belle Maguelonne"

 

Tombeau de la Belle Maguelone (intérieur de la cathédrale)

 

La chapelle du St Sépulcre abrite actuellement un sarcophage d'époque wisigothique  (VIème - VIIème siècle) en marbre gris sculpté trouvé au siècle dernier et baptisé arbitrairement Tombeau de la Belle Maguelonne. Il est orné de rinceaux où se mêlent feuilles d'acanthe et feuilles de vigne rappelant un décor antique. Ce sarcophage a été entreposé à cet emplacement par Frédéric Fabrège propriétaire et historien de Maguelone. Longtemps appelé par la coutume populaire "Tombèu de la Bèlo Magalouna". Il aurait servi jadis d'auge pour abreuver le bétail et on racontait que tous les animaux qui venaient y boire tombaient malades. On en avait conclu qu'il fallait le ramener à l'intérieur de l'église. En réalité, il n'a jamais abrité le corps de notre héroïne.

 

Dans leur ouvrage "Voyage en Languedoc", Taylor et Nodier n'y voient qu'un sarcophage en marbre dont les rinceaux antiques de la décadence signalent la date du Bas-Empire qui a probablement servi de tombeau à l'un des évêque de Maguelone.

Dans leurs notes de voyage, les frères Platter visitèrent l'église en 1596: "les tombeaux des évêques et celui de la Belle Maguelonne qui est enterrée à ce qu'on prétend dans un petit caveau muré au bout du château, nous trouvâmes à main droite une porte donnant dans l'église de Maguelone. Nous y vîmes à gauche dans le mur, une retraite jadis murée, mais maintenant ouverte où se trouvaient, dit on, les corps embaumés de la Belle Maguelonne et de Pierre de Provence assis l'un à côté de l'autre. Aujourd'hui, tout a disparu."

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La cloche de Maguelone

 

Une autre légende qui rôde autour de la cathédrale est celle de la cloche, "la Campana de Magalouna". Cette cloche avait la faculté de porter bonheur aux futures mariées. Les jeunes filles devaient grimper sur le toit de la cathédrale et la faire tinter. C'était le gage d'un mariage heureux accompagné de beaucoup de bonheur. En effet, la "Maguelonne" de la légende, symbole de l'amour, veillerait sur elles et exaucerait tous leurs voeux.

 

La cloche de Maguelone

Histoires de cloches

 

1633, on procède à la démolition de Maguelone décidée par Louis XIII. La plus grande cloche de Maguelone qui pesait dix-huit quintaux fut transportée à Montpellier la même année. Elle avait été donnée à l'église de cette île en 1518 par Antoine du Caylar de Montferrier, chanoine et sacristain de cette église.

Comme il fallait regarnir le clocher de la cathédrale St Pierre de Montpellier dépouillé par les protestants, le Chapitre délibère et décide que le canon qui assurait la défense de Maguelone soit  échangé contre une cloche de même poids et de même valeur. Le canon sera placé dans le château de Montferrand.

 

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« L'ancienne cathédrale de Maguelone possédait parait-il une cloche considérable par ses dimensions et renommée au loin, à laquelle Mistral fit un jour allusion dans un discours qu'il prononça en français :

"Les compagnons du Tour de France, cette élite des ouvriers, cette élite du peuple, s'était donné pour mission d'aller se perfectionner, chacun dans son métier, en visitant, en contemplant, en admirant tous les chefs d'oeuvre de leurs pères, tout ce qu"il y avait de beau sur la terre de France.....

En Languedoc, on allait voir le pont du Gard, l'église d'Albi, le clocher de Rodez, la Campano de Magalouno, si grande, que quatre cordonniers pouvaient y travailler dessous... " (Anciens textes campanaires de l'Hérault)»

 

Le souvenir de cette cloche sera toujours vivace dans la région montpelliéraine. Au siècle dernier, nos félibres en avaient tiré le titre d'un journal rédigé en patois local : la Campana de Magalouna, parution dont nous avons fait allusion plus haut.

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Astronomie et proverbes

 

De ce roman devenu légende sont nés par la suite des croyances, des pratiques, des dictons.

En provençal, Maguelone désigne le couchant, et le vent d'ouest qui vient de l'Aude, ce qui s'explique par la topographie. En Provence Vénus, l'étoile du berger est appelée Magalouno.

 

Ainsi dans l'astronomie populaire provençale, la conjonction septennale entre Vénus (Magalouno) et Saturne donne lieu à cette expression :

"La belle estello, Magalouno, la bello Magalouno, que se courron après emé Pèire de Prouvenço, e touti li sèt ans se maridon."

[La belle étoile Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence et qui se marient tous les sept ans.]

 

Un proverbe sur Maguelone:

Quand Magalouno a soun mantèu

E lo Mount Ventour son capèu

Bouié, destalo e courre lèu.

 

Quand Maguelone a son manteau

Et le Mont Ventoux son chapeau

Laboureur, dételle et cours vite.

Une énigme populaire recueillie en 1875:

Round, roud couma una boula,

Que fai lou tour de Magalouna.

Quau es ?

(la luna)

Rond, rond comme une boule

qui fait le tour de Maguelone.

Qui est-ce ?

( La lune)

 

 

 

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Les variolites de Maguelone

 

Au hasard de vos promenades sur la plage de Maguelone, vous pouvez trouver des petits galets verdâtres, tachetés et marbrés. Ce sont des variolites. Ces galets qui proviennent de la haute vallée de la Durance ont été entraînés par le  Rhône. Ils sont ensuite roulés par la mer jusqu’à la plage de Maguelone. 

 Depuis l'Age de Bronze, elles ont été considérées en Gaule méridionale, à l'instar des haches préhistoriques en pierre polie, comme amulettes et talismans, sorte de porte-bonheur ayant un pouvoir magique de protection contre les dangers, les maléfices et certaines maladies.  

Plus près de nous, les bergers du Midi, tant en Provence qu'en Languedoc et en Cévennes, employaient très fréquemment ces pierres pour protéger et guérir le moutons menacés ou atteints de la clavelée (picota, en langue d'Oc). Ils les appelaient "pierres à la picote" . Les pierres, recueillies et transportées par les bergers transhumants loin de leur lieu de découverte, étaient soit fixées au cou de bélier meneur de troupeau, soit disposées dans la sonnaille qu'il portait. Elles pouvaient aussi être déposées dans les mangeoires ou, enfin immergées dans les lavognes. La croyance en la vertu de ces galets vient de leur aspect tacheté et marbré. On prétendait même que ces pierres pouvaient également protéger les hommes de tous les malheurs.

 Variolites de Maguelone

 

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Selon la tradition et l'usage, nous écrirons Maguelone (avec 1 seul n) lorsqu'il s'agit du lieu, et Maguelonne (avec 2n) lorsqu'il s'agit du prénom de l'héroïne de la légende.

 

 

Sources bibliographiques

Berthelé Joseph - Anciens textes campanaires de l'Hérault - Mémoires Sté Arch. de Montpellier -Tome V - Montpellier - 1914

Buriot-Darsiles.H : Maguelone, petite île, grand passé - Montpellier – 1937

Platter (Félix et Thomas) à Montpellier – Notes de voyage de deux étudiants bâlois -  Montpellier – Coulet - 1892

Rihet-Boismery – Maguelone, la prisonnière des sables – Arnaud Editions – 1993

Saint-Jean Robert - Maguelone – Guide du visiteur - 2002

Taylor et Nodier – Voyages en Languedoc – 1835