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Bérenger de Frédol

(Évêque de Maguelone 1263-1296)

 

S'il est un évêque de Maguelone dont les villeneuvois connaissent le nom, c'est bien Bérenger de Frédol. En effet, le Centre culturel de Villeneuve porte son nom. Mais qui fut ce personnage qui marqua le destin de notre petite cité à la fin du XIIIème siècle ?

Cet évêque concéda aux habitants du village des privilèges très importants pendant l'épiscopat qu'il exerça de 1263 à 1296. Son long règne lui permit de prouver à plusieurs reprises l’intérêt qu’il portait à « son port et son membre le plus proche et le plus familier ». (C'est ainsi qu'il désignait Villeneuve). Il allait favoriser  sur la commune la mise en place des balbutiements de démocratie locale.

Ces droits concédés aux Villeneuvois sont consignées dans 9 chartes conservées aux archives communales de Villeneuve lès Maguelone. Ces chartes s’échelonnent sur pratiquement un siècle. (1217-1307). En 1853, Alexandre Germain, fut le premier à mesurer l’importance de ces documents et en faire une étude systématique qu’il livra dans les Mémoires de la société archéologique de Montpellier sous le titre :

 "Villeneuve lès Maguelone, ses origines, ses privilèges, ses libertés". 

C’est dans cette étude que nous avons puisé l’essentiel des renseignements qui nous ont permis d’aborder ce sujet, d’une importance capitale pour l’histoire de notre cité.

Pierre tombale de Bérenger de Frédol

(Cathédrale de Maguelone)

 

Les premiers privilèges octroyés par cet évêque datent du 21 août 1276. Ils concernent des droits d’héritage que l’évêque consent à abandonner ainsi que des droits de justice. En outre, les habitants de Villeneuve pourront traverser librement les terres de l’évêque sans à avoir à payer des droits de péage. Ces droits ne sont concédés qu’aux habitants de Villeneuve domiciliés dans l’enceinte même du village. Cette mesure a aussi pour but d’attirer à Villeneuve les habitants des communes voisines et d’affronter sans trop d’infériorité la rivalité de Montpellier qui prend de plus en plus d’importance, sous l’impulsion de son seigneur, le roi Jayme 1er d’Aragon. D’autres chartes seront octroyées le 24 février 1277, le 30 décembre 1290. Dorénavant, les habitants de Villeneuve sont dispensés du service ou de la corvée qu’ils devaient avec leurs animaux pendant la période des semailles.

 Toutes ces décisions montrent la sollicitude et la compassion dont font preuve les évêques successifs envers une population souvent pauvre et miséreuse. Mais le document qui est sans aucun doute le plus important dans cette série de chartes est celle du 23 mars 1294, véritable charte municipale jetant les assises d’un premier pouvoir communal. Les habitants de Villeneuve auront désormais des consuls1. Ces consuls, au nombre de quatre, seront élus pour la première fois par l’ensemble des citoyens. Ils jureront fidélité devant le bayle et géreront les affaires communes. Ils exerceront leur pouvoir « conformément aux libertés et coutumes locales. » Ce sont les consuls qui nommeront leurs propres successeurs tous les ans le jour de la fête de l’Annonciation, non sans au préalable avoir obtenu l’accord de l’évêque ou du bayle2. Les consuls éliront en outre dix ou douze conseillers. Les citoyens choisis ne pourront refuser cet honneur. Les consuls sont aussi chargés d’asseoir les tailles et d’en vérifier l’acquittement. N’est-ce point là les signes d’une réelle délégation de pouvoir concédé par les évêques à leurs sujets villeneuvois ? La nomination des consuls, quoique restrictive au niveau de son renouvellement, est une avancée incontestable dans la représentation et la gestion démocratiques des affaires courantes de la commune. Ces concessions sont donc d’une très haute importance. Cependant, ils n’ont dû leur mise en place qu’à cause des relations désastreuses qu’entretenait Bérenger de Frédol avec les consuls de Montpellier. La même charte dispense les habitants de Villeneuve de tout service ou de toute corvée pour leurs juments et autre animaux employés au dépiquage des grains . La charte établit en outre que les habitants de Villeneuve ne seront plus tenus de fournir ni lits, ni draps, ni couvertures à l’évêque ou à ses gens, supprimant ainsi une servitude féodale souvent très onéreuse. »

De plus, tous les habitants de Villeneuve, pourront circuler librement sur toute la longueur de la Bouffie3, et d’y faire boire et paître leurs animaux. Ils pourront également ramasser du bois, de la terre et du fumier avec l’autorisation de chasse  et de pêche. Ils bénéficieront également des droits d’explèche4 pour eux et leurs animaux dans la garrigue et les marais.

Cette charte fut signée au château du Terral5, demeure des évêques de Maguelone. C’est certainement la plus considérable, comme se plaît à le rappeler Germain à plusieurs reprises. Elle nécessita trois semaines de rédaction méticuleuse. C’est une véritable charte de libertés où le pouvoir populaire n’efface pas le pouvoir seigneurial. Mais, il y a là, un réel partage du pouvoir. D’ailleurs, les évêques qui vont succéder à Bérenger de Frédol, mesurant les dangers de cette charte, chercheront à en diminuer la portée, faute de pouvoir les supprimer.


1 consuls : Ce sont les premiers "conseillers municipaux".

2 bayle : (ou baile) c’est le juge seigneurial, ici le représentant de l’évêque.

3 la Bouffie : canal qui reliait l’Estagnol (domaine d’Exindre) à l’étang. Ce canal appartenait aux évêques.

4 Le droit d’explèche (ou d’esplèche) est un droit d’usage, ou d’utilisation.

5 Le château du Terral, ancienne demeure des évêques de Maguelone, est situé sur la commune de St Jean de Védas. Il abrite aujourd’hui le théâtre de la ville.