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Le sarcophage de l’église.

 

Un sarcophage vient récemment d’être installé à l’intérieur de l’église Saint Etienne de Villeneuve. Longtemps à l’abri des yeux indiscrets ou convoiteurs dans le jardin de Mr Coulet (descendant de Soutou), chemin de la Mosson (aujourd’hui propriété de Mr Sanchez), cette tombe vient de trouver un lieu plus adapté. Mr Soutou, propriétaire de la maison, récupéra ce sarcophage et l’installa au fond de son jardin où il sommeilla pendant plusieurs décennies. Récemment, Mr Coulet en fit don à l’abbé Jean Bernad, curé de la paroisse avant son départ. Le sarcophage fut emmené aux services techniques de la ville et attendait la fin des travaux pour être installé définitivement à l’intérieur de l’église.

 

"Le sarcophage est une cuve rectangulaire à couvercle en bâtière pourvue de quatre acrotères à chaque angle. De par sa forme il est datable du VIème s après JC. Il s'agit d'un type de sarcophage assez fruste, la cuve porte encore les traces de marteau taillant. On en connaît plusieurs du même type en région pour la période wisigothique, dont deux similaires sont entreposés dans le croisillon sud de la cathédrale de Maguelone."(1)

Historique:

Lors d’une opération de défonçage d’une vigne effectué dans une parcelle appartenant à Mme Bergagnon épouse Ramadier, plusieurs tombes furent mises à jour par M.Soutou qui menait la propriété de Mme Bergagnon. Gustave Vassas, alors enfants assiste à la scène en compagnie de ses 2 camarades Henri et René Soutou. Bien plus tard, il racontera cet événement dans un recueil de notes personnelles. Un sarcophage dans un parfait état de conservation fut emmené à Villeneuve par M.Soutou et déposé dans le jardin familial où il reposa jusqu’à son récent déménagement. Cet épisode va nous permettre de dévoiler l’existence d’un antique cimetière dont peu de Villeneuvois connaissent l’existence.

Lisons le compte-rendu paru dans les Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier en 1899:

"Le 4 décembre 1899, MM Fabrège et Bonnet, sont allés à Villeneuve lès Maguelone pour se rendre compte de l’importance des découvertes récemment faites dans cette commune.

Ils ont constaté qu’à environ 200 mètres du village, au nord-est du cimetière actuel, dans une vigne appartenant à une dame Bergagnon, vigne qui borde le chemin de l’Hippodrome, avait été découvertes un très grand nombre de sépultures. 

Ces sépultures uniformément enfouies à une profondeur d’environ 60 cm, présentent toutes le même type. Ce sont des auges rectangulaires creusées dans une pierre tendre et recouvertes de larges dalles plates, quelquefois d’une dalle unique, bombée et offrant une saillie à chacun de ses angles. Les dimensions de ces cercueils  de pierre sont très variables ; ils devaient être appropriés à la taille des défunts. L’un d’eux était occupé par deux squelettes. Dans toutes ces sépultures, la place où reposait la tête est marquée par une sorte de margelle ou de coussinet d’environ 5 cm de hauteur. Tous ces cercueils sont orientés au levant. A l’intérieur, on n’a retrouvé aucun mobilier funéraire, aucune trace de vêtement (boutons, boucles, agrafes), uniquement des os à demi pulvérisés, qui paraissent dénoter une grande ancienneté."

Toutefois, l’éminent historien Emile Bonnet date ces sépultures de l’époque wisigothique, c'est-à-dire entre le Vème et le IXème siècle après J.C. Il y a de fortes chances que ces sépultures exhumées au Pouzols soient antérieures à l'invasion sarrasine, peut-être même de la fin de la période gallo-romaine.

Presque au même moment où l’on mettait à jour les sépultures de Villeneuve, une découverte du même genre était faite dans la commune de Saint Jean de Védas où l’on a mis à jour une série de cercueils présentant la même particularité du coussinet que ceux de Villeneuve. On a retrouvé dans bon nombre de localités du département des tombes monolithes analogues, mais aucune n'ont cette particularité, à part celles de Villeneuve et de Saint Jean de Védas.

Dans la même vigne a été découverte une inscription funéraire latine, d’une époque bien antérieure à celle des sépultures. C’est une stèle de forme quadrangulaire, portant 3 lignes d’inscription dans un encadrement. Elle est incomplète du côté droit. On peut y lire une inscription qui est probablement l’épitaphe d’un personnage du nom de Veranius ou Veratius. Le terrain où ont été découvertes cette inscription romaine et toutes ces sépultures, était connu au XVIIIème siècle, et même plus anciennement dans le langage local sous le nom de Cimetière Saint Adourny (qui serait la forme vulgaire de Saint Saturnin). Sur un plan daté de 1764[i], qui est conservé aux archives municipales de Montpellier, on voit que le chemin allant en ligne droite de Villeneuve à la Mosson, actuellement dénommé Chemin du Jeu de Mail (aujourd’hui, Chemin de la Mosson), est appelé Chemin de Villeneuve à Saint Adourny. A gauche, avant d’arriver au cimetière, se détache le Chemin de Saint Adourny à la croix du Chapitre, qui va rejoindre le chemin de Villeneuve à Montpellier (aujourd’hui Avenue de la Gare). Ce chemin a disparu lors du récent tracé de la rocade qui contourne Villeneuve par le Nord et qui aboutit au rond-point du Château d’eau. A l’emplacement du rond-point, se trouvait la croix du Chapitre, aujourd’hui disparue, dont le socle imposant repose actuellement dans le jardin d’un particulier. Cette croix est nommée Croix de Pierre Fiquade, alias de Capitol [Le Capitou, le Chapitre en occitan] dans un acte de 1575. On peut l’imaginer aujourd’hui installée sur son emplacement d’origine pour marquer d’une façon solennelle l’entrée du village.

Le nom de Saint Saturnin apparaît également dans le compoix de Villeneuve de 1774. On peut y lire que le cimetière de Saint Saturnin dans le tènement du Pouzols, est situé en bordure des chemins du Flès et du Pouzols. Ce tènement est mentionné également dans des textes beaucoup plus anciens (une reconnaissance féodale de 1239, un acte du 5 avril 1575...).

Le vocable de "Saint Saturnin", resté à travers les siècles lié au cimetière et aux chemins qui y conduisent, nous permet de déterminer avec une quasi certitude l’emplacement de l’église de Saint Saturnin de Pouzols, depuis longtemps détruite. Cette église et son cimetière constituaient le chef-lieu de cette paroisse aujourd’hui disparue dont le nom figure dans deux chartes publiées en 1215 et 1517. Ces chartes mentionnent le nom des 3 paroisses situées sur la commune de Villeneuve, à savoir : Sainte Marie Madeleine d’Exindre (Emplacement du domaine actuel de la Magdelaine), Saint Saturnin du Pouzols (disparue) et Saint Etienne de Villeneuve (Le Villeneuve actuel).

Saint Etienne, fêté le 26 décembre est le patron de la paroisse de Villeneuve lès Maguelone.

Voilà quelques éléments qui éclaireront peut-être "le mystère du sarcophage de l'église".

Sources:

Mémoires de la Sté Archéologique de Montpellier, IIème série, tome IV, p222

Hamlin F.: nouveau dict. topographique et étymologique du départ. de l'Hérault

Albagnac Lucien : notes personnelles

G.Boudet (club des Acanthes) , rapport de sondages (1968)

Archéofactory, rapport de prospection (1990)

Témoignages oraux divers

Vassas Gustave : notes personnelles

(1) Garnotel Alexandrine : notes personnelles

 

22  janvier 2009


 

[i] Archives municipales de Montpellier, série II, Plans anciens de diverses communes voisines de Montpellier, plan n°36 : »Terroir de Villeneuve, plan du tènement de la Condamine de las Aires, des Tombettes, Cimetière Saint Adourny, Pouzols et le Flès. »