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La Lapidation de Saint Etienne

[Jean Bestieu (1754 - 1841)]

 

 

En entrant à l'intérieur de l'église Sait Etienne de Villeneuve, une toile de dimension imposante attire immédiatement l'œil du visiteur. Accrochée depuis peu sur la façade nord, à l'emplacement de l'ancienne tribune des Pénitents, elle est l'œuvre du peintre montpelliérain Jean Bestieu qui eut en son temps une renommée  régionale assez établie. On trouve nombre de ses œuvres disséminées dans quelques églises ou chapelles du département.

 Ce tableau représentant "la lapidation de Saint Etienne" (1824) croupissait dans le hall de l'entrée primitive et avait subi malheureusement les affres du temps et des intempéries. Ayant bénéficié d'une heureuse opération de restauration, il est aujourd'hui mis en valeur. Sur le registre de fabrique de la paroisse, on peut lire en date du 2 octobre 1870, sous la plume de l'abbé Bourdel fraîchement installé à Villeneuve, une description peu flatteuse de l'état de délabrement de l'église St Etienne :

 "L’église est insuffisante pour sa population. Elle est mal pavée dans les deux nefs, dans le transept, dans l’abside. Celle-ci, qui a trois baies romanes du onzième au douzième siècle parfaitement correctes, comme le transept et toute la grande nef, n’est éclairée que par une de ces baies, celle de gauche, garnie de lourdes barres en fer au dehors et, au-dedans, d’une croisée des plus banales avec des vitres carrées et grandes en verre ordinaire....la baie du milieu est murée au dehors et au-dedans, cachée par un affreux badigeon que recouvre une toile de Bestieu représentant Saint Etienne ... et bonne à jeter au feu, ainsi que deux toiles voisines du même auteur et du même goût. Quant au clocher, il fait honte à Villeneuve par sa toiture basse, couverte de mauvaises briques"

Heureusement que personne n'a mis à exécution les conclusions de l'abbé Bourdel. Et, que sont devenues les deux autres toiles prétendument attribuées à Bestieu... ?

La lapidation de St Etienne

par Jean Bestieu (2,5m X 3m)

Eglise St Etienne de Villeneuve lès Maguelone

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Qui était Jean Bestieu ?

Bestieu Jean, peintre et conservateur du premier musée fondé à Montpellier sous le directoire, fils de Guillaume Bestieu, avocat, et de Jeanne Brun, naquit dans cette ville le 23 août 1754 et y mourut le 8 mai 1842.

Bestieu avait été élève de Coustou (1719-1791) et condisciple de Fabre, qui aimait à le rappeler et rendait volontiers hommage à son talent.

Quelques années avant la Révolution, quelques riches amateurs se réunirent pour former à leur frais, une Académie ou Société des Arts, qui fut un puissant encouragement à l'étude des Beaux-arts à Montpellier. Une école de dessin avait été fondée, et Coutou avait accepté d'en prendre la direction.

Après un séjour à Rome, Bestieu succéda à Gamelin comme directeur de dessin de la Société des Beaux Arts de Montpellier en mars 1786. Il devint ensuite professeur de dessin à l'Ecole Centrale du département de l'Hérault. Très engagé politiquement, Bestieu fut affilié à la Société Populaire de Montpellier et membre de la Municipalité en 1796. Au début du 1er Empire, il fut chargé du fonds d'œuvres d'art conservé à l'Ecole Centrale dont Fontanel avait été le conservateur jusqu'en 1797.

Le 22 nivôse an Vl (11 janvier 1798), Marc Antoine Bazille, arrière-grand-père du peintre, président de l'Administration centrale de l'Hérault, demanda au ministre de l'intérieur le dépôt de "quelques tableaux de nos bons maîtres" tableaux provenant des collections nationales. Non seulement il n'y eut pas de suite à sa requête, mais Montpellier ne figurait pas sur la liste des quinze villes qui devaient bénéficier de dépôts de l'État ordonnés par arrêté consulaire du 14 fructidor an IX (1er septembre 1801).

Le peintre Jean Bestieu réitéra la demande du président Bazille. Il eut le mérite d'obtenir de Chaptal, devenu ministre de l'intérieur, l'envoi d'une trentaine de tableaux (arrêté consulaire du 16 fructidor an X, 3 septembre 1802). La livraison qui eut lieu en 1803 avait pour but d'enrichir le fonds montpelliérain d'œuvres d'art. On compte parmi ces œuvres des morceaux de réception à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture, avec des œuvres de Monnoyer, Antoine Coypel, Jean-François de Troy, Natoire, Pierre, ou Deshayes. La collection occupa plusieurs lieux : elle fut installée dans quelques salles du collège des Jésuites avant d'être exposée à l'hôtel de Belleval qui abritait aussi la mairie.

Bestieu fut nommé conservateur, salarié par la ville. Sous la Restauration, ce musée fut supprimé, et Bestieu resta sans emploi. Les tableaux furent distribués dans les églises et dans les diverses salles de la mairie. Plus tard, M.Fabre exprima le désir de réunir ces tableaux à ceux de sa propre collection, et fit transporter au musée qu'il venait de créer, les toiles de quelque valeur qui se trouvaient à la mairie. 

Bestieu était un talent facile, abondant et incorrect, qui s'adonna surtout aux sujets religieux. On cite de lui : la "Descente du Saint Esprit dans le cénacle" dans la chapelle des Pénitents blancs de Montpellier, "Brutus condamnant ses fils à mort", toile médiocre du musée de Montpellier, la "Force" et la "Justice", deux compositions allégoriques, autrefois dans la salle des délibérations des jurés de l'ancien palais de justice et aujourd'hui dans une salle du Greffe de la Cour d'Appel. On peut admirer également dans le hall des Archives Départementales de l'Hérault "Cincinnatus et les envoyés du Sénat", seule œuvre connue de Bestieu de la période révolutionnaire ainsi que le portrait de Louis XVIII.

Bestieu fut assez célèbre pour être portraituré par un excellent peintre de cette époque, Jean Advinent (Musée Fabre).

Il mourut à Montpellier, le 8 mai 1842 ; il était âgé de 87 ans et ne s'était jamais marié.