Le presbytère

 

En 1718, le curé Ségur met la communauté en demeure de construire une maison claustrale pour lui et ses secondaires. Ses menaces successives ne furent suivies d'aucun effet. Il se vit dans l'obligation de se pourvoir devant l'intendant. La communauté dont les finances étaient au plus mal n'avait aucun logement à lui proposer. Le seule solution consistait à affermer quelques herbages communaux dont les revenus auraient pu servir à financer un tel projet. Cette éventualité devait trouver l'hostilité des habitants forains. Le conseil politique de la commune dut traiter avec le procureur général Duché. Celui-ci céda une maison qui jouxtait l'église pour un loyer perpétuel de 30 livres. Il fallut faire des aménagements et procéder à d'importants travaux. La maison Duché devint donc maison curiale: c'est le presbytère actuel.

La façade Nord

La façade Est, côté Chapitre

La période révolutionnaire va quelque peu troubler la vie publique de notre cité. Le 28 floréal an II (1794), l'église sera réquisitionnée et transformée en Temple de la Raison. Ses ornements religieux seront vendus et le produit de la vente servira aux diverses réparations. L'église sera délaissée pendant plus de 5 ans et aucun office n'y sera célébré. Les quelques villeneuvois encore pratiquants se réunissaient à la chapelle des Pénitents, à la Capelette (Notre dame des Oliviers) ou chez des particuliers.

Une partie du presbytère fera fonction de maison commune. Le reste du bâtiment servira de logement de fonction à l'instituteur et à l'institutrice. Mais sitôt la fureur révolutionnaire dissipée, le nouveau curé Marazel, exigea de récupérer l'ancien presbytère et réclama d'importantes réparations.

 

Le 18 germinal an XI (1803), le préfet Nogaret ordonne à la municipalité de remettre en état l'église et le presbytère, "bâtiments destinés au culte". La municipalité qui n'avait aucune intention d'accéder aux injonctions du préfet prétexte ne disposer d'aucune recette et se verrait dans l'obligation d'affermer les communaux pour satisfaire à la dépense. Le 18 prairial, le préfet revient à la charge, mais  se heurte à une nouvelle fin de non recevoir de la part de la municipalité qui invoque la modicité de ses finances. L'année suivante, l'architecte Nougaret dresse un devis pour remettre en état l'église et le presbytère. Le montant des travaux s'élève à 1800 francs. Sous la pression du préfet, la communauté accepte de financer uniquement les réparations du presbytère pour un montant de 587 francs. Le curé s'impatiente et assaille le préfet de doléances qui ne seront suivies d'aucun effet.

En 1827, une tornade s'abat sur le village provoquant de très importants dégâts. Un fort coup de vent arracha la toiture de plusieurs maisons, de l'église, du presbytère, de la chapelle Notre Dame et de la maison commune. Cette situation va entraîner de lourdes dépenses qui vont obliger la municipalité d'ajourner un projet d'ouverture des remparts.

En 1869, le curé est en conflit avec son conseil de fabrique.  Le maire Jullian dit "Le Flamand" le met en demeure de reprendre ses offices du dimanche au risque de se voir expulser du presbytère qui est un édifice communal.En 1870, lors de son arrivée de la paroisse, le nouveau curé, l’abbé Bourdel dresse un état du presbytère actuel: « Quant aux pavés de toute la maison,,il n’y a que ceux en pierre et assez récents, de la salle à manger, qui soient tolérables. Tout le reste,posé pour la majeure partie, avant la grande révolution de 1789, devrait être remplacé depuis longtemps, surtout au salon et aux pièces attenantes. La plupart des portes intérieures, aussi vieilles que les pavés, sont vermoulues. De nombreuses réparations aux menuiseries et aux serrures sont également nécessaires. Le conseil de Fabrique demande une subvention au maire qui répond par une fin de non recevoir, faisant entrevoir toutefois une aide éventuelle lorsque l’état des finances communales le permettrait. Il débloque cependant 300 francs pour les réparations d’urgence.

La façade Ouest, côté jardin

Le 9 décembre1905, on vote la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Le maire Marius Bouladou, anticlérical notoire, fit abattre toutes les croix que l’on trouvait à la croisée des chemins et fit également renverser la Croix de la Mission qui se dressait sur l’esplanade du village. Il interdit les processions dans les rues de Villeneuve, les sonneries des cloches et le port des habits ecclésiastiques dans la rue. Le presbytère sera réquisitionné et sera loué au docteur Gelly qui occupera les lieux pendant presque 40 ans. Il faudra attendre l'installation de la Délégation spéciale en 1941 pour voir à nouveau un curé s'installer dans les locaux du presbytère. Le chanoine Prunières l'occupera jusqu'en 1945. Se succèderont ensuite les abbés Gaussel, Costes, et Bernad.

 

Bientôt trois siècles que cet édifice vit au rythme des vicissitudes et des aléas des contingences municipales et des tourmentes historiques. Lieu de mémoire et de souvenir, il représente aux yeux de tous les villeneuvois un élément du patrimoine bâti et un témoignage indéniable de l'histoire locale.

 

Le jardin, un havre de paix

 

 

Sources :

- Archives municipales de Villeneuve lès Maguelone

- Delpuech J.P.G : Villeneuve lès Maguelone – Formation et vie d'un village languedocien – Tapuscrit  - v.1950

- Fabrique paroissiale de St Etienne - Registre des délibérations (1er registre)